AccueilPenser la technique à l’ère du dérèglement global

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Penser la technique à l’ère du dérèglement global

Questioning Technology in a Time of Global Upheaval

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Publié le vendredi 16 juin 2023

Résumé

Ce dossier thématique des Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère ose comme hypothèse que la technique représente aujourd’hui un espace de distinction et un lieu de négociation d’intérêts pluriels et conflictuels qui impacte directement les filières matérielles, l’organisation du travail et la définition des espaces. Pourquoi et comment la technique se définit dans la production architecturale, urbaine et territoriale contemporaine ? De quel projet politique et social est-elle porteuse ? Quels sont les enjeux et les controverses associés ? Afin d’approfondir cette hypothèse et de contribuer à répondre à ces questions, cet appel entend construire une réflexion ouverte à l’échelle internationale pour éclairer les controverses en cours et interroger la place et le rôle de la technique à l’ère du dérèglement global.

Annonce

Argumentaire

La place et le rôle que la technique occupe dans l’organisation des sociétés industrialisées soulèvent des controverses qui, depuis deux siècles, ne cessent d’interroger l’impact des activités humaines. La critique de l’industrialisation – appuyée, entre autres, sur la pensée de William Morris (1834 – 1896) et Lewis Mumford (1895-1990) – émerge avec l’avènement de l’ « âge des machines » et conduit à revisiter l’histoire des techniques à la croisée de celle des sociétés et des cultures humaines. De nos jours, dans un contexte marqué par l’accélération du dérèglement global, cette critique touche les notions mêmes de progrès et d’innovation et interroge les relations entretenues entre nos sociétés et ses objets techniques à travers le « principe de responsabilité » et la notion d’éthique. Des controverses se font jour alors entre les défenseurs d’un solutionnisme technologique, pour qui le progrès technique est en mesure d’apporter des réponses efficaces aux défis des sociétés modernes et les technocritiques plaidant, de façons diverses, contre la sacralisation de la technique et l’aliénation des individus qui en découle. Si cette opposition reste à nuancer au regard de la pluralité des politiques questionnant la place des sciences et des techniques dans la société, elle témoigne néanmoins des enjeux et controverses qui traversent les discours et pratiques contemporaines et que ce dossier thématique vise à éclairer.

Les bouleversements écosystémiques, l’exacerbation des formes de vulnérabilité sociale et les promesses de la révolution numérique interrogent, en particulier, l’impact des choix infrastructurels et les effets des pratiques architecturales, urbaines et territoriales sur l’environnement et nos sociétés. La prise en compte de la raréfaction des ressources matérielles et énergétiques et la montée en puissance des exigences de réhabilitation et rénovation de l’existant bouleversent la notion même de technique dans ces domaines. Émergent alors de nouvelles problématiques liées, d’une part, à l’impact écologique, sanitaire et social des systèmes constructifs et, d’autre part, à la division du travail de conception et d’exécution. À titre d’exemple, on peut se référer aux controverses soulevées par le modèle constructif de la performance énergétique basée sur l’isolation et la ventilation mécanique des bâtiments, aux limites de l’industrialisation et de la labélisation « bas carbone » de la construction en bois, à celles de la gestion des déchets confrontée aux injonctions de l’économie circulaire, ou encore aux impacts des modèles de planification urbaine basés sur les smart grids et l’électrification massive des usages.

Près de trente ans après la publication des derniers numéros des Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère dédiés à la dimension matérielle de l’espace habité, les coordonnateurs de ce dossier souhaitent réactualiser les débats scientifiques relatifs à la technique, entendue ici dans une acception élargie aux ressources matérielles et énergétiques, aux outils, aux savoirs et savoir-faire, aux filières de production et aux procédés de conception, au chantier et à l’entretien des ouvrages. L’objectif est de contribuer à une analyse critique de l’évolution des conditions matérielles de notre environnement bâti. Il s’agit notamment de prendre en compte les relations d’interdépendance entre les dimensions politiques, conceptuelles et constructives qui caractérisent les pratiques professionnelles contemporaines et d’en saisir les changements et les controverses en analysant les pratiques sociales, leurs conditions économiques et leurs effets environnementaux.

Depuis longtemps, le champ de l’histoire de la construction et des techniques saisit la valeur des héritages et a ouvert plus récemment des perspectives de recherche inédites grâce à son ouverture au domaine des social studies. Toutefois, des contributions sur un état présent de la technique sont plus rares, bien que les pratiques professionnelles actuelles nous apparaissent susceptibles de nourrir de nombreuses analyses critiques. Plusieurs auteurs ont notamment mis en avant l’éclatement des acteurs et de leur responsabilité dans l’acte de bâtir, en faisant émerger la perte de « l’unité de la technique que réalisait la vieille architecture, ménageant la nature, dressant les villes et édifiant les demeures selon les mêmes principes ». Si la technique ordonne depuis toujours les facultés humaines dans leur capacité à faire œuvre solide, les injonctions formulées dans les discours et les politiques dits « écologiques » accentuent l’éclatement des logiques réglementaires, économiques et opérationnelles contemporaines. Émergent ainsi une multitude de controverses et/ou paradoxes : à l’hétérogénéité croissante des instances techniques correspond une standardisation accrue des produits et des modes constructifs ; à la diversification des acteurs impliqués correspond une perte des savoir-faire ; à l’accroissement du niveau d’industrialisation correspond une augmentation progressive des prix de construction ; à l’accélération de la numérisation correspond une inégalité des conditions socioéconomiques de production et d’entretien du cadre bâti. L’ensemble de ces controverses et paradoxes questionne la manière spécifique dont les acteurs de la production architecturale, urbaine et territoriale pensent et mettent en œuvre leurs choix techniques et interroge l’impact de ces choix sur le contexte spatial et socioéconomique dans lequel ils s’inscrivent.

En accueillant des contributions à la croisée de plusieurs champs disciplinaires, ce dossier thématique pose comme hypothèse que la technique représente aujourd’hui un espace de distinction et un lieu de négociation d’intérêts pluriels et conflictuels qui impacte directement les filières matérielles, l’organisation du travail et la définition des espaces. Pourquoi et comment la technique se définit dans la production architecturale, urbaine et territoriale contemporaine ? De quel projet politique et social est-elle porteuse ? Quels sont les enjeux et les controverses associés ? Afin d’approfondir cette hypothèse et de contribuer à répondre à ces questions, cet appel entend construire une réflexion ouverte à l’échelle internationale pour éclairer les controverses en cours et interroger la place et le rôle de la technique à l’ère du dérèglement global.

Coordination

Roberta Morelli et Jean Souviron

Modalités de contribution

L'appel à articles correspondant (en français et en anglais), également disponible sur le site de la revue.

Les propositions d’articles (en français ou anglais) sont à renvoyer à l'adresse craup.secretariat@gmail.com

avant le 2 octobre 2023.

Contact : secratariat-craup@culture.gouv.fr / audeclavel@hotmail.fr

Évaluation

Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère publient trois dossiers thématiques par an, composés d’une dizaine d’articles en français et en anglais, autour d’un thème prédéfini et problématisé.

Un appel à article est diffusé pour chaque dossier thématique. Les propositions d’articles peuvent être rédigées en français ou en anglais. Leur évaluation se fait en double aveugle.


Dates

  • lundi 02 octobre 2023

Mots-clés

  • technique

Contacts

  • aude clavel
    courriel : craup [dot] secretariat [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • aude clavel
    courriel : craup [dot] secretariat [at] gmail [dot] com

Licence

CC-BY-4.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0.

Pour citer cette annonce

Roberta Morelli, Jean Souviron, « Penser la technique à l’ère du dérèglement global », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 16 juin 2023, https://calenda.org/1080301

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