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Panorama de la situation linguistique en Erythr�e
1 Apr�s une guerre qui a dur� trente ans, la plus longue qu?ait connue le continent africain, l?Erythr�e a acc�d� � l?ind�pendance en mai 1993. L?Etat �rythr�en a d�sormais trois langues officielles qui sont aussi des langues de travail�: le tigrigna, l?arabe et l?anglais. Les citoyens appartiennent � neuf ethnies nationales diff�rentes, chacune ayant sa propre langue maternelle (ou langue vernaculaire). Deux langues servent de langues de communication (ou langues v�hiculaires)�: l?arabe (dans une vari�t� parl�e sp�cifique) et, � un degr� moindre, le tigrigna. Selon leurs fonctions et leur statut institutionnel, les langues en Erythr�e peuvent donc �tre r�parties en trois groupes : les langues officielles, les langues vernaculaires et les langues v�hiculaires.
2 Dans la deuxi�me moiti� du XXe si�cle, la situation linguistique en Erythr�e a �t� profond�ment modifi�e en raison de la colonisation, des famines, des guerres que le pays a d� affronter. Pendant la guerre d?ind�pendance, la mobilit� des populations, ainsi que l?alphab�tisation des adultes et la scolarisation au Front ont mis en contact des Erythr�ens de langues diff�rentes et permis l?apprentissage, puis l?usage de langues autres que la langue maternelle. Ce sont autant de ph�nom�nes qui ont remodel� le paysage linguistique du pays. Actuellement, il n?y a plus de r�gion monolingue�: la situation qui pr�vaut est celle du bilinguisme, et m�me tr�s souvent du multilinguisme, sauf dans les r�gions recul�es, pour les femmes qui n?ont jamais �t� scolaris�es, comme c?est le cas dans certains endroits de la Dankaliyya ou sur l?�le de Dahlak Kebir. La politique men�e depuis l?ind�pendance par l?Etat �rythr�en en mati�re d?�ducation a favoris� cette tendance. Beaucoup d?Erythr�ens ont ainsi une connaissance active d?une ou de plusieurs langues diff�rentes de leur langue maternelle. De plus, ceux dont la langue maternelle est une vari�t� de l?une des langues nationales ou v�hiculaires vivent une situation de diglossie�: selon les circonstances, ils passent du registre standard au registre de la langue quotidienne1. C?est le cas pour les locuteurs de langue maternelle tigrigna ou arabe.
3 Ce qui distingue l?Erythr�e n?est cependant pas cette situation plurilingue et pluriculturelle, que connaissent beaucoup de pays, en Afrique notamment, mais bien plut�t la politique de d�fense et illustration des cultures et langues nationales men�e par l?Etat, qui est peu ordinaire, pour ne pas dire exceptionnelle.
Les langues officielles
4 Il faut pr�ciser que les langues officielles, ayant n�cessairement un usage �crit, sont soumises � une norme standardisante. Elles constituent une sorte de koin� qui diff�re de leurs vari�t�s parl�es en tant que langues vernaculaires ou v�hiculaires.
5 Ces langues sont au nombre de trois en Erythr�e : le tigrigna, l?arabe et l?anglais. Le statut des deux premi�res est multiple sur le plan institutionnel�: langues officielles, nationales, langues de travail et langues v�hiculaires. L?anglais n?est pas une langue nationale, mais il a un statut de langue internationale. L?arabe est, lui aussi, un moyen de communication international � une �chelle plus r�duite, celle du monde arabe. A l?int�rieur de l?Etat, le tigrigna et l?arabe sont utilis�s dans l?administration, dans les milieux culturels et universitaires, le commerce, les m�dias, dans tout ce qui concerne les relations entre les citoyens et l?Etat.
6 Ces deux langues jouissent en outre d?un prestige li� � la religion. L?arabe, langue du Coran, est sacr� pour tout musulman. Quant au tigrigna, c?est la langue liturgique qui remplace le gu�ze dans les offices religieux chr�tiens. Ces deux langues ont jou�, � des degr�s divers, un r�le important dans la construction de l?identit� nationale. En 1959, le gouvernement �thiopien imposa en effet l?amharique, d�nia le statut de langue officielle � l?arabe et bannit le tigrigna de l?ensemble de toute la vie publique. Aussi l?arabe et le tigrigna devinrent-ils les langues officielles de la F�d�ration, puis les langues officielles au Front2.
Les langues v�hiculaires
7 Une langue v�hiculaire sert dans la communication orale entre des locuteurs de langues maternelles diff�rentes. A ce titre, elle se distingue aussi bien de la vari�t� qui est utilis�e comme langue officielle que de celle qui est parl�e comme langue maternelle. En Erythr�e, nous l?avons d�j� dit, deux langues jouent le r�le de langues v�hiculaires, le tigrigna et l?arabe. Toutes deux ont souvent �t� apprises au Front par les locuteurs appartenant � des ethnies diff�rentes. Le tigrigna a pris beaucoup d?importance depuis l?ind�pendance�: langue officielle, il est aussi la langue parl�e par le plus grand nombre. Les locuteurs des r�gions non tigrignaphones ont �galement appris cette langue de contact des fonctionnaires r�sidant dans leur r�gion.
8 L?arabe a longtemps servi, et sert encore, de langue de communication entre les musulmans qui ont pour langue maternelle soit une autre langue s�mitique, soit une langue couchitique ou nilo-saharienne. Les contacts avec l?autre rive de la mer Rouge remontent � la nuit des temps. L?islamisation de l?Afrique de l?Est est partie de cette r�gion (Zula et Dahlak) et les contacts commerciaux r�guliers perdurent de nos jours avec l?Arabie saoudite et surtout le Y�men (la c�te de la Tih�ma mais aussi Aden et la c�te de l?oc�an Indien). L?arabe v�hiculaire porte les traces de ces influences ainsi que celles des vari�t�s apprises au Front ou dans l?�migration. N� de ces contacts entre dialectes arabes mais aussi des contacts avec les langues maternelles diff�rentes, c?est un parler en perp�tuelle �volution. Malgr� cela, il reste caract�ristique de cette r�gion par certains traits phon�tiques, morphologiques, syntaxiques et lexicaux3.
Les langues nationales vernaculaires
9 Les langues nationales sont aussi des langues vernaculaires, langues maternelles, langues premi�res de leurs locuteurs. En Erythr�e, elles sont au nombre de neuf : tigrigna, tigr�, arabe, afar, saho, bilen, bedja, kunama, nara4. Le dahlik, d�couvert en 1996, n?est pas r�pertori� comme langue nationale. Toutes ces langues appartiennent � deux grandes familles linguistiques diff�rentes, le chamito-s�mitique, aussi d�nomm� afro-asiatique, et le nilo-saharien. A l?int�rieur du groupe chamito-s�mitique, le s�mitique est ici repr�sent� par des langues �thio-s�mitiques que l?on rattache au s�mitique occidental m�ridional (le tigrigna, le tigr� et le dahlik) et par l?arabe5�; le couchitique par l?afar, le saho, le bilen et le bedja. Quant au kunama et au nara, ils sont class�s parmi les langues nilo-sahariennes. La langue maternelle est utilis�e pour la communication entre les membres de la famille, de la m�me communaut� ou ethnie, et, au niveau local, dans les discours administratifs et politiques et dans les meetings.
Distribution g�ographique et situation sociolinguistique
10 Nous ne disposons d?aucune donn�e officielle en ce qui concerne le nombre de locuteurs de chacune de ces langues, et les estimations varient selon les sources consult�es. Nous nous en tiendrons ici aux chiffres issus d?un tableau d?estimations �tabli en 1996 pour le D�partement de l?�ducation primaire au Curriculum Branch6.
11 Pour le tigrigna, le nombre de locuteurs est estim� � 1�600�000 sur un total de 3�200�000 habitants, soit 50�% de la population. Il est la langue maternelle des habitants des hauts plateaux du centre du pays, en majorit� chr�tiens orthodoxes. Les vari�t�s parl�es du tigrigna diff�rent de la langue tigrigna officielle, mais, comme elle, ces vari�t�s portent la marque des contacts avec les langues couchitiques, surtout en ce qui concerne le lexique.
12 Le tigr� a un nombre de locuteurs estim� � 992�000, soit 31�% de la population. Il est parl� dans les basses terres du Sahel, dans la plaine c�ti�re au nord de Zula, dans le Samhar, sur la c�te jusqu'� Hirgigo (y compris le grand port de Massawa), dans les hautes terres du nord et le Barka. Les Tigr� sont dans leur grande majorit� musulmans sunnites7. La langue a aussi �t� adopt�e comme langue maternelle par un grand nombre de Beni ?Amer, des Bedja d?origine, dont la jeune g�n�ration scolaris�e a ��perdu l?usage du bedja8��. Le tigr� comprend deux grands groupes dialectaux : le tigr� mansa?, de la r�gion de Keren et du plateau Mansa?, et celui des Beni ?Amer, � substrat bedja. Chaque groupe comprend lui-m�me un certain nombre de subdivisions dialectales9.
13 L?afar et le saho auraient chacun 160�000 locuteurs, ce qui �quivaut pour chaque langue � 5% de la population. Les Afar, qui sont souvent d�sign�s � l?ext�rieur sous le nom arabe de Dan�kil (sg. Dank�li), vivent en Erythr�e dans la province administrative nomm�e Southern Red Sea, le long de la mer Rouge, connue aussi comme r�gion de la Dankaliyya. Musulmans sunnites, ils sont pour la majorit� pasteurs de cam�lid�s et de caprins. Seuls sont s�dentaires les p�cheurs qui vivent sur la c�te ou dans les �les. Ils sont en contact avec le tigrigna, avec le tigr� (� Massawa et Dahlak par exemple), avec ces deux langues et le dahlik sur l?�le de Dahlak Kebir, et avec le saho dans la r�gion d?Irafayle. Ils emploient l?arabe comme langue v�hiculaire10.
14 Les Saho sont r�partis dans le Seraye, l?Akele Guzay, jusque sur la c�te, et dans le Semhar. Ils comptent parmi eux une forte majorit� de musulmans sunnites et, dans les montagnes, quelques chr�tiens orthodoxes. Ils sont surtout pasteurs et poss�dent des troupeaux essentiellement constitu�s de bovins. Certains pratiquent aussi la culture. Contrairement aux Afar de la c�te, les Saho qui vivent au bord de la mer ne se livrent jamais � la p�che. Selon la r�gion o� ils se trouvent, ils sont en contact avec le tigrigna, le tigr� ou l?afar. Ils connaissent l'arabe dont ils utilisent la vari�t� v�hiculaire.
15 Sur la c�te, dans la r�gion d?Irafayle, au nord de l?aire afarophone, les relations entre Saho et Afar, les mariages inter-ethniques, le voisinage g�ographique et linguistique ont favoris� les contacts et les influences. On en trouve de nombreuses traces dans les vari�t�s afar et saho de cette r�gion, � tel point que certains ont parl� d?une entit� ��afar-saho�� et non de deux langues distinctes. Mais cela ne correspond ni � la r�alit� linguistique ni � la conscience des locuteurs respectifs.
16 Les Bedja sont d�sign�s en Erythr�e comme l?ethnie Hidaareb. Celle-ci inclut les quelques locuteurs appartenant � la division des Halenqa (ou Halenga) et des Beni ?Amer qui ont gard� le bedja comme langue maternelle11. Leur nombre est estim� � 80�000 personnes (2,5�% de la population). Musulmans, ils se trouvent dans la r�gion sud-ouest du Gash-Barka, dans le Senhit et � l?ouest du Sahel12. Ils ne sont plus tr�s nombreux � avoir la langue bedja comme langue maternelle, puisque la jeune g�n�ration de Beni ?Amer parle plut�t une vari�t� de tigr� et que les Halenqa sont arabophones13. La situation dominante parmi les Bedja semble bien �tre celle du bilinguisme, voire du plurilinguisme (bedja-tigr�-arabe)14.
17 Le nombre de Bilen est estim� � 64�000 (2�% de la population). Ils vivent dans la r�gion de Keren o� ils sont en contact avec les Tigr�. Dans une ville comme Keren, la langue maternelle est souvent le tigr� et la situation sociolinguistique est l� aussi celle du plurilinguisme (bilen-tigr�-arabe-tigrigna). La population compte � la fois des musulmans et des chr�tiens15.
18 Le kunama serait parl� par 64�000 locuteurs (soit 2�% de la population) �tablis � l?ouest, dans la province du Gash-Barka, entre le Gash et le Setit, o� ils pratiquent l?agriculture et l?�levage16. Quelques-uns se sont convertis au christianisme, d?autres � l?islam, mais il semble que beaucoup d?entre eux aient conserv� leur ancienne religion17.
19 Les Nara parlant leur langue sont estim�s � 48�000 locuteurs (1,5�% de la population). Ils sont voisins des Kunama. S�dentaires, ils pratiquent l?agriculture dans le Gash-Barka, au nord de Barentu et, depuis la fin de la guerre d?ind�pendance, le long de la fronti�re soudanaise. Ils se sont convertis � l?islam au XVIIe si�cle18.
20 L?arabe n?est la langue maternelle que d?un petit groupe, celui des Rashaida, estim�s � 32�000, soit 1�% de la population, tous musulmans sunnites19. Ils sont originaires d?Arabie saoudite et vivent actuellement tout au long de la c�te dans la province de Northern Red Sea qui inclut les r�gions du Semhar et du Sahel, au nord de Massawa. Nomades, �leveurs de cam�lid�s, ou faisant du commerce, ils ont �t� encourag�s � se s�dentariser depuis 1993 dans le nord du Semhar20.
21 Enfin, le dahlik, langue d�couverte en 1996, serait, d?apr�s ses locuteurs, la langue maternelle de moins de 2000 personnes, vivant toutes sur l?�le principale de Dahlak et ayant comme activit�s la p�che et le commerce du poisson. Ils sont musulmans. Les hommes sont tous bi-, voire multilingues. Parmi les femmes, beaucoup ne parlent que le dahlik, m�me si certaines ont une connaissance passive de l?afar, de l?arabe ou du tigr�, langues en contact sur l?�le. A en juger par les premi�res analyses que j?ai pu faire sur les donn�es r�colt�es par Martine Vanhove et moi-m�me en 1996, la langue n?est pas un dialecte tigr�, mais une vari�t� tr�s originale, � base �thio-s�mitique, tigr� selon toute vraisemblance21. Elle serait le r�sultat d?une �volution particuli�re, en isolat par rapport au tigr�, au contact d?une autre langue s�mitique (l?arabe) et d?une langue couchitique (l?afar).
22 Les langues vernaculaires, comme nous venons de le voir, sont in�galement repr�sent�es sur le plan num�rique. Certaines sont encore peu connues, voire jamais d�crites ou r�pertori�es, comme le dahlik. Leur classification est parfois encore probl�matique, comme dans le cas du kunama et du nara. Or c?est du niveau de connaissances qu?on peut en avoir que d�pend une bonne �laboration des outils d?enseignement de ces langues, tant il est vrai qu?une bonne description des langues et de leurs vari�t�s dialectales, est une ��base scientifique � partir de laquelle on pourra �laborer des grammaires (...) et compiler des lexiques ou dictionnaires23��. Le passage � l?�crit pour les langues vernaculaires, qui n?ont pas de tradition d?�criture, est une t�che extr�mement difficile, et la mise sur pied d?une orthographe pratique d�pend du degr� de connaissances que l?on a des langues, de leur dialectologie et des normes qui pr�valent � l?int�rieur de chaque groupe. Le cas du kunama et la d�limitation de son syst�me tonal en est un exemple. Savoir si la langue poss�de deux ou trois tons est d�cisif pour l?�laboration d?une orthographe adapt�e, mais aussi pour l?�tablissement de la grammaire, �tant donn� le r�le d�terminant que jouent aussi les tons dans la morphologie et la syntaxe d?une langue24.
23 Dans la r�alit�, les langues vernaculaires ne jouissent pas d?un �gal prestige aupr�s de leurs propres locuteurs. Ceux-ci ont parfois tendance � d�pr�cier leur propre parler et � pr�f�rer pour leurs enfants une autre langue que la langue maternelle. On l?a vu chez les Afar par exemple, qui ont choisi, � un certain moment, que leurs enfants soient scolaris�s en arabe. Or, l?�ducation dans la langue maternelle est le meilleur garant contre l?�chec scolaire et les responsables �rythr�ens en ont pleinement conscience. L� encore, l?attention port�e aux vari�t�s dialectales permet d?appr�cier le r�le qu?elles jouent dans l?�laboration de la norme, tout en valorisant chaque dialecte.
La politique linguistique et culturelle de l?Erythr�e
24 A l?image de tous les citoyens de l?Etat, donc de toutes les ethnies �rythr�ennes, les langues et cultures nationales sont consid�r�es comme �tant sur un plan d?�galit�. La politique linguistique qui a �t� celle du FPLE (Front Populaire de Lib�ration de l?Erythr�e) et qui continue � �tre men�e actuellement illustre bien cette position. L?objectif est de lutter contre la discrimination et de garantir la libert� d?utiliser sa langue maternelle afin de permettre la transmission de la culture du groupe et de favoriser le d�veloppement du sentiment d?identit� culturelle au niveau national. A la suite du programme scolaire appliqu� par le Front pendant la guerre d?ind�pendance, des programmes d?enseignement des langues vernaculaires sont maintenant mis en place, incluant l?�tablissement de m�thodes d?enseignement appropri�es et la formation des ma�tres. Au D�partement du Curriculum Branch, une importante �quipe qui comprend des sp�cialistes de chaque langue nationale, est charg�e de mener � bien cet ambitieux projet. Parmi les t�ches qui incombent � ces chercheurs, la moindre n?est pas celle du passage � l?�crit des langues sans tradition d?�criture que sont la plupart des langues vernaculaires, et la mise au point d?une orthographe adapt�e. Trois syst�mes d?�criture sont utilis�s selon les langues : le syllabaire gu�ze pour le tigrigna, le tigr� et le bilen, l?alphabet arabe pour l?arabe, et les caract�res latins pour les autres langues. Des �coles sont ouvertes o� on enseigne la langue maternelle, et quand les ressources humaines le permettent, cet enseignement se fait en langue maternelle. Il faut remarquer que la guerre d?ind�pendance et, depuis mai 1998, la guerre de d�fense du territoire �rythr�en, ont priv� les �coles, d�finitivement ou momentan�ment, d?un certain nombre de ma�tres qui pouvaient enseigner en langue maternelle.
25 D?autres mesures, en dehors de l?enseignement, ont �t� prises pour diffuser les diff�rentes langues et cultures. C?est ainsi que le texte de la Constitution qui fut ratifi�e le 23 mai 1997, initialement r�dig� dans les trois langues officielles, est actuellement disponible aussi en tigr� et saho. Quant au texte en afar, il est sous presse et les versions dans les autres langues en pr�paration. L?hymne national a �galement �t� traduit en langue vernaculaire. Sur le plan culturel, concerts, pi�ces de th��tre, po�sies sont diffus�s par les m�dias. A la radio nationale, une plage horaire est r�serv�e � certaines langues vernaculaires soit quotidiennement, pour l?afar par exemple, soit chaque semaine, comme pour le saho ; des informations nationales et internationales y sont pr�sent�es.
26 D?autres initiatives, prises sur le plan national, montrent l?int�r�t que l?Erythr�e porte � la diversit� ethnique et culturelle du pays et sa volont� de sauvegarder ce patrimoine. On pourrait ici �voquer le projet de cr�ation d?une ��Maison des langues et cultures de l?Erythr�e��, �labor� � l?initiative des autorit�s �rythr�ennes par le linguiste Idriss Abback, et pr�sent� en ao�t 1996 � Asmara, lors du colloque sur les langues d?Erythr�e25. Malheureusement, le projet n?a pu pour l?instant aboutir, suite � la disparition brutale en avril 1998 de son auteur et en raison de la guerre avec l?Ethiopie qui a d�but� en mai 1998 et d�plac� les priorit�s. Malgr� les menaces que faisait peser alors l?Ethiopie sur le pays, un colloque international, Against all Odds : African languages and literatures into the 21st Century, s?est tenu � Asmara du 11 au 17 janvier 2000. Il a rassembl� un public tr�s nombreux, avec plus de 200 intervenants, essentiellement africains, mais aussi am�ricains et europ�ens. Il a permis de faire conna�tre les pr�occupations majeures de l?Etat �rythr�en dans le domaine linguistique et culturel, ainsi que ses r�alisations. La pr�sence au colloque du chef de l?Etat, Isayas Afeworki, et son discours d?ouverture ont �t� une preuve suppl�mentaire de l?importance qu?accorde le pays � ce domaine. La charte The Asmara Declaration on African Languages and Literatures, adopt�e � l?issue de ce colloque, stipule notamment que chaque enfant africain a ��le droit inali�nable d?�tre scolaris� et d?apprendre dans sa langue maternelle26��. Parall�lement au colloque s?est d�roul� un festival, avec concerts, pi�ces de th��tre, danses et po�sies traditionnelles, qui a donn� un aper�u de la richesse culturelle du pays et de la vitalit� de ses traditions.
Conclusion
27 Cette pr�sentation des langues en Erythr�e est destin�e � mettre en valeur non seulement la richesse linguistique et culturelle du pays, mais aussi sa politique de sauvegarde et de diffusion des langues et cultures nationales. C?est une politique courageuse qui se poursuit contre vents et mar�es, malgr� la guerre et de qu?elle entra�ne dans son sillage : d�placements de populations, mort des jeunes femmes et hommes qui jouent un r�le primordial dans l?�dification de ce jeune Etat, r�gions sinistr�es, probl�mes �conomiques, etc. J?aimerais aussi insister sur le r�le que peut jouer la recherche linguistique sur les langues vernaculaires. Elle doit non seulement aider � mieux appr�hender l?histoire des locuteurs, mais aussi apporter des connaissances indispensables sur le plan p�dagogique, puisque, en cernant mieux les langues, leur dialectologie, leurs rapports avec les autres langues avec lesquelles elles sont en contact, elle fournit autant de mat�riaux n�cessaires � l?�laboration des manuels et des m�thodes d?enseignement.
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Notes
Pour citer cet article
R�f�rence �lectronique
Marie-Claude Simeone-Senelle, ��Les langues en Erythr�e��, Chroniques y�m�nites, 8, Num�ro 8, 2000, [En ligne], mis en ligne le 6 septembre 2007. URL�:�http://cy.revues.org/document39.html. Consult� le 06 janvier 2010.
Auteur
Marie-Claude�Simeone-Senelle
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