
Par Merle Feld[1]
Adaptation Floriane Chinsky
pour Rachel Adler
Mon frère et moi, dressés face au Sinaï,
Il tenait un journal,
De ce qu’il en voyait,
De ce qu’il entendait,
De ce qu’il en pensait.
J’aurais aimé aussi avoir un témoignage,
De ce qui s’est passé pour moi là-bas,
Mais il me semble qu’à chaque page,
Je veux écrire et je ne peux pas.
Je tiens sans cesse un bébé,
Pour moi,
Pour une amie,
Un bébé dans les bras,
Mes mains sont occupées,
Et je ne peux pas écrire.
Peu à peu, le temps passe,
Les détails, exacts, précis,
« qui » « quoi » « quand » « où » « pourquoi »,
Glissent, s’effacent,
Je reste seule,
Avec un sentiment,
Sentiment, vibration fugace, son,
Voyelles faisant claquer le silence
Mon frère est si certain de ce qu’il a entendu,
Et il en a la preuve,
Consonne, après consonne, après consonne.
Si nous nous en souvenions ensemble,
Nous pourrions recréer les temps sacrés,
Etincelles flamboyantes.
[1] Merle Feld, in “A Spiritual Life, a Jewish Feminist Journey”, State University of New York, 1999, le poème a été écrit en 1984.