Les enfants Israéliens de toutes religions veulent faire entendre leur voix!

Communication non violente et écoute de l'autre pour la pais à JérusalemL’association Kids4Peace est un mouvement de jeunesse interreligieux en Israël.
Ils ouvrent la voie du courage, et nous redonnent espoir…
Ils se réunissent depuis 13 ans et mettent en place un programme de formation à la paix et à la non-violence sur 6 ans pour des jeunes israéliens juifs, chrétiens et musulmans et pour des jeunes palestiniens de Jérusalem-est, chrétiens et musulmans.
En ces temps très douloureux, voici le message qu’ils ont publié sur leur Blog traduit en français par mes soins.
Que ce message nous incite au courage et à la promotion de la paix partout où nous en avons le pouvoir, famille, amis, parents, enfants, communautés, et communauté nationale!

Élever nos voix, un message de Kids4peace 

Dans les temps tourmentés, il est parfois difficile de trouver les mots justes.

Nous pleurons. Nous prions. Nous ne savons pas quoi dire ni quoi faire. La violence qui se répand sur Jérusalem a emplit les rues de souffrance et de peur. Cela pourrait nous laisser paralysés et sans voix.

En tant que communauté de Palestiniens et d’Israéliens, réunis à des amis du monde entier, nous ressentons la peine des deux côtés comme peu de gens la perçoivent.

Nous avons appris à avoir confiance et à nous respecter mutuellement. Nous nous raccrochons à notre humanité commune, notre espoir de paix, notre refus de la violence, et notre engagement indestructible à voir le sacré, l’image de Dieu, dans chaque être humain, même s’il est notre ennemi.

C’est une bénédiction et un poids.

Nous ne pouvons pas répéter les slogans simplificateurs de notre propre camp. Nous ne pouvons pas démoniser l’autre. Nous savons que la violence ne peut qu’amener davantage de souffrance et de douleur.

Mais nous savons également que la violence que nous voyons maintenant, appartient à une réalité plus vaste de désespoir et de découragement. Le manque de sécurité, d’égalité et de justice de tout le peuple de Jérusalem nourrit la haine, incite à l’extrémisme et nous éloigne de la paix à laquelle nous aspirons. Et, plus douloureux que tout, nous voyons des enfants, des enfants qui ressemblent à nos jeunes, prisonniers de ce cycle de la souffrance.

Nous sommes en colère, nous avons peur, mais nous ne nous laisserons pas submerger par la spirale des accusations et des représailles.

Nous devons proposer une alternative.

Face à tant de peur, alors que même sortir de nos maisons devient une question de vie ou de mort, nous nous sentons appelés à prendre la direction des événements et à construire notre futur. Le futur commence maintenant, alors que nous nous réunissons, pour parler, pour pleurer, pour prier, pour écouter et pour nous connecter profondément et honnêtement la vie des autres

Pour comprendre comment le confit détruit les familles Palestiniennes et Israéliennes. Pour ressentir les craintes et les luttes qui sont à la racine de notre douleur. Pour faire face au mal qui est commis dans notre propre camp, pas dans le camp des autres.

Pour prendre la responsabilité de notre avenir.

Première étape, nous allons nous parler.

1 – Dans les prochains jours, Kids4Peace l’équipe et les parents vont se rencontrer, en personne et virtuellement, pour se reconnecter à nos sœurs et nos frères au-delà des lignes tracées par le conflit. Ce sera dur mais nous sommes prêts.

2 – La semaine prochaine, quoi qu’il arrive, nous allons mettre en place notre programme d’automne comme nous l’avons planifié. Plus de 120 jeunes faiseurs de paix ont prévu de se rencontrer pour parler, apprendre et agir. Si cela est possible d’un point de vue sécuritaire, nous le ferons en personne. Sinon, nous nous rencontrerons en ligne, sur Facebook, dans des maisons, et partout où cela sera possible.

Rien ne sera annulé. Rien de sera détruit.

Nous allons trouver ensemble un chemin pour avancer.

Deuxième étape, nous allons porter notre message à la communauté – élever nos voix avec force et puissance pour défendre le changement.

Ensuite, nous allons rejoindre nos partenaires, dans d’autres organisations de la paix, pour élever nos voix et mobiliser dans une campagne pour un changement réel.

Alors que nous aspirons à rompre ce cycle de la violence, nous ne pouvons pas non plus revenir au statu quo. La division, le désespoir, la haine, la peur et l’injustice, cela ne peut pas être notre futur.

Nos jeunes adultes prendront la direction des événements, à travers le Dialogue pour une initiative d’action, notre dernier effort pour mettre nos valeurs en pratique à travers un changement social non violent.

Nous allons tous travailler, nuits et jours, cœur et âme, dans une campagne intense pour influencer nos pairs et nos leaders politiques et pour promouvoir une vision du futur qui reflète nos valeurs en tant que chrétiens, juifs et musulmans, et en tant que personnes de bonne volonté venant de tous les horizons, à Jérusalem et dans le monde.

Nous allons développer à nouveau nos programme éducatifs, faire acquérir à nos jeunes des capacités de plaider, d’organiser un changement non violent ainsi que des qualités d’écoute bienveillante et de dialogue.

Nous allons augmenter notre engagement pour connaitre, dans tous les détails, la réalité de l’autre côté, et pour prendre au sérieux notre responsabilité vis-à-vis de l’autre.

Nous allons élever nos voix.

Un par un et tous ensembles, pour donner vie à un mouvement de changement.

Et nous allons avoir besoin de l’aide de tous pour avancer, pour travailler, pour prier et pour donner, d’une façon plus audacieuse que jamais auparavant.

Voir le site de Kids4Peace sur ce lien

Le repli sur soi est la vraie menace démographique (Parachat Vayéra 5771)

Il est très facile de savoir pourquoi nous avons raison. Il est plus difficile de comprendre ce qui pourrait motiver les choix « insensés » d’autrui. Notre prochain a-t-il besoin de notre compréhension ?

Certainement, il est toujours bien agréable d’être soutenu. Pourtant, pour certains, la sympathie d’autrui revêt une importance vitale. Pour la veuve, l’étranger, l’orphelin, et tous ceux qui sont en situation de faiblesse, être compris peut devenir une question de vie ou de mort. Cela va jusqu’à rejoindre l’injonction du Lévitique (Lev.19:16): «לא תעמד על דם רעך אני ה’ » « Ne te dresse pas sur le sang de ton prochain, car je suis l’Eternel. »

Que signifie « se dresser sur le sang de son prochain » ? C’est assister à sa mort sans lui venir en aide.

Certainement, Abraham est un exemple de respect du prochain. Il a couru au secours de Lot, et cette semaine, il va défendre Sodome et Gomorrhe contre la colère divine. Le début de notre paracha est devenu le paradigme du souci du prochain et de l’étranger.

Abraham se tient à l’entrée de sa tente, pour guetter les voyageurs et s’assurer de ne laisser personne dans le besoin. Il agit ainsi en dépit de sa grande douleur, puisqu’il est dans le moment le plus dur de sa convalescence suite à sa circoncision. Lorsqu’il aperçoit des étrangers, il se précipite à leur rencontre, et met toute sa diplomatie en œuvre pour les convaincre de s’arrêter, puis s’empresse de leur proposer de l’eau, un endroit où s’asseoir et un morceau de pain. Il promet peu, mais s’empresse de tenir beaucoup, il amènera des gâteaux, de la viande, et des laitages pour les faire patienter.

Le midrach ajoute que sa tente était ouverte aux quatre points cardinaux, de façon à pouvoir accueillir les passants d’où qu’ils viennent (source complexe, voir le site du Schechter Institute et l’explication du Rabbin Monique Süskind ICI).

Rav Yéhouda le précise en s’appuyant sur notre verset : « L’hospitalité est plus grande que l’accueil de la révélation divine » (Babli Chabbat 127a).

C’est l’expression הכנסת אורחין, haHnassat orHim, qui rend la notion d’hospitalité. De nos jours, elle fait référence au devoir d’inviter non seulement des amis, mais également des connaissances, en particulier à l’occasion du Chabbat. Le sens de ce commandement est pourtant bien plus large. En effet, les voyageurs d’Abraham ne sont même pas des connaissances. De plus, ils traversent un désert, l’une des épreuves pour lesquelles, lorsqu’on y a survécu, on doit monter à la Torah et rendre grâce d’être toujours en vie(ברכת הגומל ).

Ces deux différences se conjuguent en un seul principe : la vulnérabilité. Vulnérabilité des voyageurs qui sont en situation précaire et des hôtes qui accueillent des inconnus. Dans ces circonstances, la crainte de l’autre pourrait avoir des conséquences mortelles.

Pourtant, c’est l’amour de l’autre qui l’emporte, conjuguant par anticipation le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lev. 19 :18) au « vous aimerez l’étranger car vous avez été étrangers en terre d’Egypte » (Deut. 10 :19).

Inutile de souligner combien ces réflexions sont en phase avec l’actualité, tant au niveau politique que personnel. Accueillir autrui, une connaissance dans sa maison, un étranger dans son pays, un ami dans son cœur, c’est toujours une prise de risque. Ce risque « ponctuel » semble facile à éviter en se refermant.

Ce serait oublier que le repli sur soi constitue un risque structurel, il alimente toujours plus la méfiance, la solitude, et la rancune.

Aujourd’hui, les débats sur l’immigration font rage dans tous les pays démocratique.

Que faire de l’Autre, lorsque son altérité nous inquiète et que nous sommes tentés de l’éloigner en le dénommant « étranger » ? Que faire des  « étrangers »  roms, des « étrangers » wallons ou flamands, des « étrangers » travailleurs immigrés ou arabes israéliens, de ceux qui veulent devenir citoyens, que ce soit en France, aux USA ou en Israël ? Sans parler des « étrangers » opposants politiques, dans tous les pays anti-démocratiques. (Voir ICI des sources actuelles sur les serments, les immigrations, les mobilisations)

Que faire de  nos parents, conjoints, enfants, amis ou collègues qui soutiennent de idées parfois totalement étrangères à notre logique, et font parfois figure de l’ « étranger » parfait ?

Plus que jamais, il est essentiel de suivre l’avis de Rabbi Natan : « Le défaut qui est en toi ne le reporte pas sur ton prochain » (Babli baba métsia 99b).

Un autre volet de ce questionnement concerne notre position de juifs vivant en dehors d’Israël. Tout en étant fiers d’être citoyens, certaines attaquent nous donnent le sentiment d’être « étrangers ». Comment nous positionner sur cette question ? Sommes-nous capable de résister aux agressions sans nous replier ? Sommes-nous capables de saisir les mains tendues ?

Accueillis par la paroisse du Béguinage à Bruxelles, notre communauté est un exemple de victoire sur la crainte, de confiance partagée entre la volonté d’accueillir de cette paroisse et la volonté d’être accueillis de Chir Hadach.

Je renouvelle donc à l’occasion de la Parachat Vayéra mes remerciements à tous ceux qui font l’effort d’accueillir et d’être accueillis, et renforcent ainsi la logique de l’entre-aide qui est si essentielle.

Que la peur de l’autre ne triomphe jamais en nous, que, malgré la douleur et la chaleur du jour, nous ayons l’empressement d’avancer vers autrui pour l’accueillir comme Abraham.

Que nous ayons le mérite d’alimenter en nous et dans notre entourage le soutien de nos proches et de nos moins proches, en dépit des difficultés et des différences.

Que nous considérions toujours les comportements de repli, et non la personne de notre prochain, comme une menace.

Chabbat Chalom, שבת שלום

Manipulation et Menschitude (Paracha ChelaH leHa)

Les yeux du monde sont rivés sur nous.

Rivés sur Israël, dans un esprit de critique fondé sur des informations lacunaires.

Face à des affirmations opposées concernant les faits, comment convaincre?

Ce n’est pas pour rien que nous répétons quotidiennement dans le birkat hamazon:

« Vénimtsa Hen véséHel tov béyné élohim véadam », « Puissions-nous trouver grâce et bonne intelligence auprès de Dieu comme auprès des hommes ».

La compréhension mutuelle et le bon esprit ne sont jamais acquis, on doit oeuvrer pour les cultiver, tout en sachant que le résultat n’est pas toujours dans nos mains et sans jamais se décourager.

Cette préoccupation concernant notre « image », notre « bon nom », notre « chem tov » semble très humaine et liée à la contingence de l’Histoire, « bassement matérielle ».

Le « Dieu » juif n’est pas un personnage condescendant se plaçant au dessus de la mêlée dans une position romantique. Pour le peuple juif, tout est plutôt « hautement matériel ». Le monde matériel est l’essence de nos vies, savoir le travailler constitue le fondement de notre liberté.

Le « Dieu » de la bible a lui aussi une image à préserver vis-à-vis des nations. Et c’est Moïse qui opère ce rappel à l’ordre.

« Véamérou hagoyim… mibli yéHolet adonaï! » « Les peuples diront: l’Eternel est un incapable! » (Nb. XIV:16)

Dans notre paracha, les enfants d’Israël sont en pleine crise identitaire. Ils se dirigent vers une terre inconnue et fantasment des mérites illusoires concernant les beauté de la terre de leur passé des griefs imaginaires concernant la terre de leur avenir. Les explorateurs ont transmis un message alarmiste et leur populisme a triomphé. Que faire face à la désinformation et à la manipulation?

Malheureusement, la pluspart des enfants d’Israël cédera à l’appel du populisme.

De son côté, l’Eternel va menacer de déserter la relation. En termes plus crus, Dieu affirme qu’il va détruire ce peuple irrécupérable pour recréer une nouvelle dynastie à partir de Moïse. Autrement dit: retour à la case départ, avec un nouveau patriarche, Moïse remplaçant Abraham.

Comme un couple de parents, comme tous les partenaires responsables, Dieu et Moïse s’arrangent pour ne jamais tomber ensemble dans le désespoir. Moïse ne croit pas à ce scénario. Lui qui souhaitait mourir à la révolte précédente, a repris courage. Il comprend que la logique de l’exclusion ne peut pas être porteuse à long terme. Si les enfants d’Israël sont détruits, le même sort n’attendrait-il pas le futur peuple constitué par « les enfants de Moïse »?

En l’occurrence, la destruction du peuple d’Israël serait un témoignage irréfutable de l’échec du Dieu qui s’est donné tant de mal pour le faire sortir d’Egypte, ce discrédit toucherait irrémédiablement le nouveau partenaire de Dieu: Moïse.

Dans le déchaînement autour de l’affaire de la « flotille terroristo-humanitaire », je ne vais pas distribuer les rôles. Tous les acteurs, parmi les palestiniens, parmi les israéliens, parmi l’opinion publique internationale, ont la possibilité de prendre la position du peuple hystérique qui se laisse manipuler. Tous peuvent également se prendre pour un Dieu justicier et tenter de détruire la partie « fautive » (définie de façon subjective évidemment, selon le bon vouloir de celui qui se croit « juge »). Tous ont également la faculté de décider, aussi injustes soient les circonstances, de chérir leurs qualités humaines au plus haut point et de rester fidèles à leurs valeurs face à l’adversité, d’êtres de Mensch indestructibles qui se défendent dans la dignité en saisissant chaque occasion, lorsque cela ne met pas leur vie en péril, d’agir d’une façon qui augmente leurs chances de « trouver grâce et bon esprit auprès de Dieu et des hommes ».

Espérons que les partisans de la troisième solution seront nombreux et sauront se retrouver.

Puissions-nous en faire partie, sur le plan politique comme dans nos vies personnelles.

Im Tirtsou, Ein zo hagada…

Manifestation devant l’ambassade d’Israël ce dimanche 6 juin à 17h30, organisée par les organisations de jeunesse juive et l’UEJB, avec le soutien du CCOJB.