Le talent du talon, Ekev 5771

Ah ! Si seulement nous savions où la vie nous entraîne… Rencontrerons-nous des obstacles ? Saurons-nous les contourner, par au-dessus, en en faisant le tour, et saurons-nous ensuite reprendre notre cheminement ? Peut-être nous laisserons-nous entraîner sur des routes que nous ne souhaitions pas rejoindre, ou peut-être retrouverons-nous des sentiers de longtemps oubliés ? Peut-être, sait-on jamais, découvrirons-nous des raccourcis inattendus et de nouveaux horizons ?

A la jonction du passé et de l’avenir, les enfants d’Israël reçoivent, pendant tous le livre du Deutéronome, les recommandations de leur guide, de leur prophète, de Moïse. Ils se préparent à achever leur chemin du désert, et à commencer le chemin en Canaan. Il reçoivent le récit de leurs errances et détours dans le désert, pour mieux préparer leur futur.

De leurs actions dépendra leur succès. Qu’ils restent attachés aux voies de la raison, aux principes de leur civilisation, à leur culture éthique, et tout ira bien. Qu’ils s’en détournent et tout risque de basculer.

Ekev – mot ambigü qui donne son nom à notre paracha.
Ekev signifie la conséquence, « à la suite de ». « A la suite de votre respect de vos engagements sociaux et moraux, les réussites sociales promises par l’Eternel s’accompliront. »
וְהָיָה עֵקֶב תִּשְׁמְעוּן, אֵת הַמִּשְׁפָּטִים הָאֵלֶּה, וּשְׁמַרְתֶּם וַעֲשִׂיתֶם, אֹתָם–וְשָׁמַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְךָ, אֶת-הַבְּרִית וְאֶת-הַחֶסֶד, אֲשֶׁר נִשְׁבַּע, לַאֲבֹתֶיךָ.
La permanence des conséquences est ce qui nous permet d’avancer, de construire. De même, le talon, « akav », est notre premier appui dans la marche.
Mais Ekev rappelle aussi ce qui détourne, « méakev », les obstacles. C’est contourner au lieu d’avancer droit, à tort ou à raison.
Ce Ekev, si ambigü, fait référence au dernier des patriarches, notre dernière référence commune avant le partage du peuple d’Israël en tribus : Yaacov.

Yaacov, c’est la complexité de la marche et de la démarche humaine, l’ambiguïté de notre cheminement.
Yaacov, c’est également celui qui devient Israël, le paradigme de notre capacité de changer, de, parfois, cheminer dans la droiture absolue.
Jacob-Israël est humain. L’acquisition morale se fait au prix de la perte physique. Dans sa lutte, il deviendra boiteux. Dans sa lutte, il acquiert une limitation, qui, lui rappelant l’épreuve surmontée, lui procure une force morale sans précédent.

Dieu avait dit à Avraham : « LeH léHa », « Chemine ! »
Moïse rappelle en ce jour que les enfants d’Israël ont marché pendant 40 ans, sans que leur robe ne s’use ni que leur pied ne gonfle ( Deut. 8 :4) .
שִׂמְלָתְךָ לֹא בָלְתָה, מֵעָלֶיךָ, וְרַגְלְךָ, לֹא בָצֵקָה–זֶה, אַרְבָּעִים שָׁנָה.
Jusqu’à aujourd’hui, nous soulignons l’immense chance qui est la nôtre, celle de pouvoir cheminer, dans les bénédictions que nous prononçons le matin au réveil. (« acher méHin Mitsadé gaver » et « chéassa li kol tsorki », voir article ICI)

Nous ne savons pas où cette année nous mènera, mais nous réfléchissons aux chemins, géographiques, techniques et moraux, que nous souhaitons emprunter. Nous pensons aux horizons dans lesquels nous voulons nous installer.
Nous ne savons pas quels obstacles se présenteront. Nous pouvons décider aujourd’hui d’une approche pour les surmonter.
Comme le dit le poète : « Je ne me souviens que d’un mur immense, mais nous étions ensemble, ensemble nous l’avons franchis. »
Qu’au cours de l’année qui se présente, nos destinations soient belles, nos chemins soient droits, nos obstacles soient des moyens de nous dépasser. Que nos talons nous conduisent avec talent.

Réflexion:

Nous avons parlé de la symbolique du talon dans la tradition juive. De nombreuses expressions en français concernent également le talon. L’an prochain, marcherons-nous sur les talons de nos biens-aimés, découvrirons-nous notre talon d’Achille, voudrons-nous tourner les talons et partir loin sur nos talons aiguilles?  (l’essentiel est de faire cela avec talent 😉 ) Que signifient ces expressions ? Nous apprennent-elles quelque chose sur l’importance du talon pour l’être humain?

Le titre de la paracha fait allusion au talon (akev) mais le verset cité parle des pieds (régel). Quelles autres expressions impliquent les pieds ou les chaussures, dans le judaïsme comme dans la langue française? (Bon pied, bon oeuil, voter avec les pieds, casser les pieds, prendre son pied, trouver chaussure à son pied, lécher les bottes… )

Le repli sur soi est la vraie menace démographique (Parachat Vayéra 5771)

Il est très facile de savoir pourquoi nous avons raison. Il est plus difficile de comprendre ce qui pourrait motiver les choix « insensés » d’autrui. Notre prochain a-t-il besoin de notre compréhension ?

Certainement, il est toujours bien agréable d’être soutenu. Pourtant, pour certains, la sympathie d’autrui revêt une importance vitale. Pour la veuve, l’étranger, l’orphelin, et tous ceux qui sont en situation de faiblesse, être compris peut devenir une question de vie ou de mort. Cela va jusqu’à rejoindre l’injonction du Lévitique (Lev.19:16): «לא תעמד על דם רעך אני ה’ » « Ne te dresse pas sur le sang de ton prochain, car je suis l’Eternel. »

Que signifie « se dresser sur le sang de son prochain » ? C’est assister à sa mort sans lui venir en aide.

Certainement, Abraham est un exemple de respect du prochain. Il a couru au secours de Lot, et cette semaine, il va défendre Sodome et Gomorrhe contre la colère divine. Le début de notre paracha est devenu le paradigme du souci du prochain et de l’étranger.

Abraham se tient à l’entrée de sa tente, pour guetter les voyageurs et s’assurer de ne laisser personne dans le besoin. Il agit ainsi en dépit de sa grande douleur, puisqu’il est dans le moment le plus dur de sa convalescence suite à sa circoncision. Lorsqu’il aperçoit des étrangers, il se précipite à leur rencontre, et met toute sa diplomatie en œuvre pour les convaincre de s’arrêter, puis s’empresse de leur proposer de l’eau, un endroit où s’asseoir et un morceau de pain. Il promet peu, mais s’empresse de tenir beaucoup, il amènera des gâteaux, de la viande, et des laitages pour les faire patienter.

Le midrach ajoute que sa tente était ouverte aux quatre points cardinaux, de façon à pouvoir accueillir les passants d’où qu’ils viennent (source complexe, voir le site du Schechter Institute et l’explication du Rabbin Monique Süskind ICI).

Rav Yéhouda le précise en s’appuyant sur notre verset : « L’hospitalité est plus grande que l’accueil de la révélation divine » (Babli Chabbat 127a).

C’est l’expression הכנסת אורחין, haHnassat orHim, qui rend la notion d’hospitalité. De nos jours, elle fait référence au devoir d’inviter non seulement des amis, mais également des connaissances, en particulier à l’occasion du Chabbat. Le sens de ce commandement est pourtant bien plus large. En effet, les voyageurs d’Abraham ne sont même pas des connaissances. De plus, ils traversent un désert, l’une des épreuves pour lesquelles, lorsqu’on y a survécu, on doit monter à la Torah et rendre grâce d’être toujours en vie(ברכת הגומל ).

Ces deux différences se conjuguent en un seul principe : la vulnérabilité. Vulnérabilité des voyageurs qui sont en situation précaire et des hôtes qui accueillent des inconnus. Dans ces circonstances, la crainte de l’autre pourrait avoir des conséquences mortelles.

Pourtant, c’est l’amour de l’autre qui l’emporte, conjuguant par anticipation le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lev. 19 :18) au « vous aimerez l’étranger car vous avez été étrangers en terre d’Egypte » (Deut. 10 :19).

Inutile de souligner combien ces réflexions sont en phase avec l’actualité, tant au niveau politique que personnel. Accueillir autrui, une connaissance dans sa maison, un étranger dans son pays, un ami dans son cœur, c’est toujours une prise de risque. Ce risque « ponctuel » semble facile à éviter en se refermant.

Ce serait oublier que le repli sur soi constitue un risque structurel, il alimente toujours plus la méfiance, la solitude, et la rancune.

Aujourd’hui, les débats sur l’immigration font rage dans tous les pays démocratique.

Que faire de l’Autre, lorsque son altérité nous inquiète et que nous sommes tentés de l’éloigner en le dénommant « étranger » ? Que faire des  « étrangers »  roms, des « étrangers » wallons ou flamands, des « étrangers » travailleurs immigrés ou arabes israéliens, de ceux qui veulent devenir citoyens, que ce soit en France, aux USA ou en Israël ? Sans parler des « étrangers » opposants politiques, dans tous les pays anti-démocratiques. (Voir ICI des sources actuelles sur les serments, les immigrations, les mobilisations)

Que faire de  nos parents, conjoints, enfants, amis ou collègues qui soutiennent de idées parfois totalement étrangères à notre logique, et font parfois figure de l’ « étranger » parfait ?

Plus que jamais, il est essentiel de suivre l’avis de Rabbi Natan : « Le défaut qui est en toi ne le reporte pas sur ton prochain » (Babli baba métsia 99b).

Un autre volet de ce questionnement concerne notre position de juifs vivant en dehors d’Israël. Tout en étant fiers d’être citoyens, certaines attaquent nous donnent le sentiment d’être « étrangers ». Comment nous positionner sur cette question ? Sommes-nous capable de résister aux agressions sans nous replier ? Sommes-nous capables de saisir les mains tendues ?

Accueillis par la paroisse du Béguinage à Bruxelles, notre communauté est un exemple de victoire sur la crainte, de confiance partagée entre la volonté d’accueillir de cette paroisse et la volonté d’être accueillis de Chir Hadach.

Je renouvelle donc à l’occasion de la Parachat Vayéra mes remerciements à tous ceux qui font l’effort d’accueillir et d’être accueillis, et renforcent ainsi la logique de l’entre-aide qui est si essentielle.

Que la peur de l’autre ne triomphe jamais en nous, que, malgré la douleur et la chaleur du jour, nous ayons l’empressement d’avancer vers autrui pour l’accueillir comme Abraham.

Que nous ayons le mérite d’alimenter en nous et dans notre entourage le soutien de nos proches et de nos moins proches, en dépit des difficultés et des différences.

Que nous considérions toujours les comportements de repli, et non la personne de notre prochain, comme une menace.

Chabbat Chalom, שבת שלום

Non à la scission!

SIGNER LA PETITION

Chers amis,

La reconnaissance des conversions non-orthodoxes (liberal, reform, reconstructioniste, massorti-conservative…) en Israël est mise en péril par un projet de loi récemment réintroduit devant la knesset.

Cette situation est très préoccupante.

  • Le judaïsme doit rester un système unifié autour de ses rabbins locaux, pas d’un Pape omnipotent.
  • La loi juive doit rester un système souple adapté à nos vies, pas à la réalité sociologique de méa chéarim (sauf à méa chéarim!).
  • La conversion doit rester une porte d’entrée bienveillante pour ceux qui souhaitent sincèrement nous rejoindre, et pour tous ceux qui se sont éloignés après la Choa, pas un parcours du combattant humiliant.
  • Israël et la diaspora doivent développer leurs relations, pas être séparés par des interdictions de faire son Alya.

Une telle loi créerait une scission entre Israël et la diaspora, une scission entre juifs « d’origine » et juifs « par choix » (qui est contraire à la loi juive elle-même), une scission entre le rabbinat central et tous les autres rabbins, y compris orthodoxes ouverts, et une scission encore plus prononcée entre laïcs et religieux en Israël.

Notre judaïsme est fidèle à la tradition de pragmatisme, de respect d’autrui, de modération enseigné par notre tradition.
Défendons-le.

De nombreuses actions ont été mise en place depuis plusieurs mois par les instances du mouvement massorti-conservative et par le mouvement Reform. L’envoi d’e-mail est ce qui fonctionne le mieux à ce stade.

Pour cela envoyez un email à Binyamin Nétanyahou en signant le formulaire que vous trouverez ICI et faites circuler l’information le plus rapidement possible.

Lisez la lettre ouverte de Julie Schönfeld Vice-Présidente Exécutive du mouvement conservative ICI.

Lisez l’analyse de Uri Regev que vous trouverez ICI.

Espérons que notre mobilisation portera ses effets… Relayez le message et Chabbat chalom….

Donner des ordres à Dieu?

Les relations entre le peuple juif et son Dieu semblent parfois scandaleuses. Ainsi, la dernière des demandes de la Amida de semaine est formulée ainsi: « Ecoute notre voix Eternel notre Dieu… »

J’ai toujours été frappée par ce qui ressemblerait presque à un ordre. Alors que les autres bénédictions de la Amida sont fixées par la tradition, cette dernière demande comprend une part de spontanéité. Celà voudrait-il dire que chacun peut demander ce que bon lui semble? Un être humain pourrait se faire entendre du Créateur du monde?

Oui, c’est bien ce qu’enseigne notre tradition, l’Homme et Dieu sont partenaires, tel est le sens de l’Alliance. Nous nous enjoignons (à nous-mêmes) d’écouter la parole divine en disant dans le Chéma Israël « écoute Israël, l’Eternel notre Dieu, l’Eternel est un », la réciprocité veut que de son côté, Dieu aussi nous écoute. Le Chéma Israël fait ainsi face au Chéma Kolénou de la Amida dans une exigence de dialogue vrai et d’écoute réciproque.

Ils nous renvoient également au « chéma békola » , « écoute sa voix », que L’Eternel adresse à Avraham pour qu’il écoute la voix de son épouse Sarah. Le dialogue entre Dieu et l’homme est bien un dialogue avec une humanité bisexuée, incluant les femmes, et implique bien également une écoute entre les sexes.

La seule façon d’obtenir une collaboration n’est pas la menace, ni les tentatives d’intimidation, mais la recherche d’un dialogue vrai et bien cadré.

Leçon sur le sentiment d’abondance (Paracha Béhar BéHoukotaï)

BarouH Dayan Haémet…. David Forman, le fondateur de Rabbis for Human Rights est mort. Ce mouvement réunit des rabbins de toutes tendances, en faveur de l’avancement des droits de l’Homme en Israël. Voir le texte d’Arik Ascherman ici…

Nous connaissons tous le phénomène des prophéties auto-réalisatrices : Nos croyances provoquent en nous des réactions qui induisent leur réalisation. La plus célèbre est sans doute celle d’Oedipe.

C’est dans cet esprit que le Talmud ( braHot 55b) rappelle que « tous les rêves suivent leur interprétation », «   כל החלומות הולכים אחר הפה».

Ainsi, il faut croire à l’abondance pour qu’elle existe.

Le comportementaliste rappelle cette alerte concernant l’augmentation du prix de l’essence liée à une prévision de pénurie. De nombreux automobilistes décidèrent de faire le plein le plus rapidement possible, et des files se formèrent devant les pompes à essence, donnant ainsi apparemment raison à la rumeur. En situation normale, les réservoirs d’essence sont remplis en moyenne à un peu plus de la moitié de leur contenance maximale. La crainte collective poussa chacun à faire un plein complet. L’offre d’essence, prévue pour assurer un remplissage moyen, ne suffit pas à satisfaire la demande exceptionnelle. La pénurie redoutée se produisit ainsi qu’une augmentation des prix.

Croire en la pénurie crée la pénurie.

Mais comment pourrait-on forcer une population à croire en l’abondance, de telle sorte que l’abondance puisse se réaliser ?

Notre tradition n’impose pas de croyances, elle essaie de nous transmettre un enseignement à travers de leçons de vie.

Notre paracha, Béhar,  nous ordonne de laisser la terre chômer durant un an tous les 7 ans, et durant une année supplémentaire tous les 50 ans. Telles sont les lois de la Chemita.

En nous demandant de lâcher prise, elle nous oblige à dépasser notre sentiment d’insécurité pour faire, au contraire, l’expérience de l’abondance.

La michna nous enseigne que le riche est celui qui sait se réjouir de ce qu’il possède,   איזהו עשיר השמח בחלקו (Avot 4 :1). Dans une société où il est si simple de voir ce qui nous manque, cet enseignement est fondamental. Tel est également d’une des conséquence de la pratique de la Tsédaka. Alors que la crise étrique la capacité de donner, pratiquer l’entre-aide selon ses moyens nous aide à prendre conscience de notre chance.

Tel est l’un des sens du mot braHa : bénédiction mais aussi briHa, réservoir. La parole de bien que nous disons à travers la bénédiction nous renvoie au fait que le bien n’est pas épuisé. Nous y pensons chaque fois à l’occasion du birkat hamazon, la bénédiction qui suit le repas, lorsque nous disons : « לא חסר לנו ולא יחסר לעולם ועד », nous ne manquerons jamais de nourriture.

Comprendre que tout se trouve en abondance dans le monde nous permettrait de rendre concrète cette autre bénédiction du birkat hamazon qui nous dit : « Bénis sois-tu Eternel qui nourrit le monde entier ».  Les ressources existent pour l’ensemble de l’humanité, reste à apprendre à les partager.

L’actualité à tous les niveaux nous alerte sur le besoin urgent d’agir dans la confiance et dans l’abondance et non dans une vision étriquée et craintive.

Il est parfois difficile de sortir de ce type de vision, notre respect doit aller à tous ceux qui réussissent à éviter les opinions extrêmes malgré les pressions psychologiques et sociales.

Chabbat dernier, Monsieur Grynpas nous parlait de l’initiative de JCall et de la situation en Israël. Alors qu’en Europe et en Belgique s’expriment trop souvent des voix prêtes à sacrifier Israël, notre respect va à tous ceux qui arrivent à se tenir sur le fil du rasoir, à exprimer une vision critique des évènements en Israël sans apporter de l’eau au moulin de l’antisionisme et de l’antisémitisme.

De même, c’est une profonde joie pour nous de nous lier ainsi à la New North London Synagogue qui nous prête un de ses sifré torah en attendant l’arrivée du nôtre, dans cette même optique de générosité et d’abondance constructives pour tous.

Enfin, au niveau communautaire, notre dîner chabbatique ainsi que les moments d’office et d’étude que nous partageons, sont une expression de notre désir à tous de donner et de recevoir.

C’est ainsi que l’on crée de la richesse, financière, aussi, mais avant tout intellectuelle et émotionnelle. Que nous n’en manquions jamais. Que nous ayons toujours quelqu’un vers qui nous tourner pour nous ressourcer. Trouvons le moyen de toujours nous rappeler que c’est à partir de la confiance en soi et du sentiment d’abondance que nous réussirons à multiplier les richesses.

Ainsi se réalisera la prière que nous formulons tous les chabbat après la lecture de la Torah:

Alors tous les habitants de la terre reconnaitront cette vérité essentielle:

« Nous ne sommes venus au monde, ni pour nous quereller ou rivaliser, ni pour haïr ou convoiter, ni pour humilier ou tuer mais seulement pour pouvoir rechercher la vérité… »

La vie de Mensch, d’Aaron à nos jours, un héroïsme respectueux ( Paracha aHaré Mot)

Le bébé se croit le centre du monde. Une pensée traverse son cerveau et son bras bouge, une autre pensée le fait crier et ses parents viennent, il ne voit pas la différence. Par la suite, il est forcé de comprendre que chacun est mu par sa propre volonté indépendante.

Son bras lui obéit, ses parents non. Comprendre cela peut prendre toute une vie, et parfois une vie n’y suffit pas, certains adultes restent des « enfants gâtés ». Certains continuent indéfiniment de penser que les autres sont là avant tout pour être à leur service. Ils s’émeuvent, se vexent, s’indignent et protestent lorsque leur prochain choisit de suivre le cours de sa propre pensée au lieu de comprendre qu’il doit se soumettre à leur supériorité. C’est un comportement que nous ne pouvons pas accepter d’autrui.

Pour être tout à fait honnête, il ne nous est pas toujours facile d’admettre le droit des autres à agir d’une façon qui nous semble parfois absurde, pour obéir à une logique qui n’est pas la nôtre. C’est donc également un comportement dont nous devons nous méfier en nous-mêmes.

En effet, il nous semblerait naturel que notre prochain, mais aussi les règnes animal, végétal et minéral, soient à nos ordres.

Le contraire nous semble une atteinte à l’ordre « naturel » des choses. C’est alors que naît la colère. Colère contre nos partenaires, contre nos enfants, contre les autres conducteurs pris dans les embouteillages matinaux ou contre ce nuage de fumée qui rend les voies du ciel encore plus impénétrables.

Notre tradition rejette totalement la colère contre autrui. Si elle nous enseigne nos pouvoirs, elle insiste également sur leurs limites.

Ainsi commence notre paracha, avec un nuage rendant dangereux l’accès au Ciel (Lev. 16:1,2) :

« L’Éternel parla à moïse, après la mort des deux fils d’Aaron, qui, s’étant avancés devant l’Éternel, avaient péri, et il dit à Moïse:

« Signifie à Aaron, ton frère, qu’Il ne peut entrer à toute heure dans le sanctuaire, dans l’enceinte du voile, devant le propitiatoire qui est sur l’arche, s’il ne veut encourir la mort; car je me manifeste, dans un nuage, au-dessus du propitiatoire. » »

Voici la première leçon « religieuse ». C’est celle de la non-centralité de notre petite personne dans le monde. Et celle également de la non-centralité de l’espèce humaine dans le monde.

Nous ne pouvons ignorer le monde qui nous entoure.

Ni sa réalité physique, comme celle de ce nuage de cendre, mortel pour qui s’aventurerait dans les airs ;

ni sa réalité psychologique ou sociologique, comme celle du manque de respect de son prochain, qu’il s’exprime par l’antisémitisme, le racisme, l’égoïsme ou l’égocentrisme.

Les Psaumes nous éveillent le matin à notre petitesse devant la nature, comme le fait la poétesse…

« Et l’on se sent dérisoire / Juste à côté de l’histoire / Décalés,

Comme un point dans une image / Comme un petit personnage / De Sempé ».

Mais nous ne pouvons rester « à côté de l’histoire, décalés ». Nous retournons à cette danse avec la vie, pour redevenir « un être humain dans la foule, dans la tendresse qui coule de Sempé ».

Notre tradition nous invite à nous inscrire avec humilité et responsabilité dans le réseau des interactions du monde.

Ainsi, nous pouvons commettre des erreurs, mais il faut les réparer sur le plan juridique comme socio-psychologique. C’est le système des Korbanot (sacrifices). ( Lev. 16 :2-17 :9)

Nous pouvons consommer de la viande, mais non pas nous croire les maîtres de tout vivant. C’est l’interdit de consommer le sang des animaux. ( Lev. 17 :10 –  14)

Nous devons investir la sexualité, mais pas en faire un moyen de déstructuration psychologique et sociale. C’est l’interdit de l’adultère et de tous les incestes. (Lev. 18 :1-30)

Nous devons cultiver une relation avec le sacré, les mystères de la vie et de la mort, mais nous ne pouvons pas nous les approprier. C’est l’interdit formulé à Aaron d’entrer dans le « sacré » à tout moment, citée plus haut.

Enfin, et plus important que tout, nous devons scruter l’histoire, notre histoire individuelle, l’histoire juive et l’histoire mondiale, pour ne pas retomber dans les mêmes travers.

Rachi se demande pourquoi rappeler le triste épisode de la mort des fils d’Aaron.

Il suggère que c’est pour nous donner une raison forte de ne pas suivre leur voie destructice.

זֶה זֵרְזוֹ יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹן, לְכָךְ נֶאֱמַר: « אַחֲרֵי מוֹת שְׁנֵי בְּנֵי אַהֲרֹן »

Ces pratiques enseignent à la fois notre pouvoir et ses limites.

En ces jours de commémorations, que le passé nous serve de voie d’entrée dans un meilleur avenir.

En ce jour de Yom Hazikaron, nous commémorons les actes d’héroïsme de ceux qui auraient voulu « vivre pour des idées » et qui ont dû mourir pour elles, pour qu’existe un état où le peuple juif puisse prendre sa destinée en main, l’Etat d’Israël.

En cette soirée de Yom Haatsmaout, nous célébrons la mémoire de ceux qui ont vécu pour l’idée de l’Etat d’Israël et ont su en faire une réalité, qu’il grandisse en force et en sagesse.

En cette soirée de remise du prix du Mensch de l’année, nous remercions pour leur exemple les cinq anciens Partisans armés juifs : Léon Finkielsztejn, Ignace Lapiower, Abraham Nejszaten, Bernard Fenerberg et Paul Halter, qui seront fêtés au CCLJ.

Comme Hillel nous le répète dans la lecture des Pirké Avot (2 : 5), d’année en année, depuis des millénaires :

« ובמקום שאין אנשים, השתדל להיות איש  »

« Là où il n’y a pas de Mensch, efforce-toi d’en être un »

Un de ces Mensch qui sait se battre pour des idéaux de justice et de liberté.

Un de ces Mensch qui sait rester humble dans son combat.

Un de ces Mensch qui apprend de l’histoire et de la tradition, pour être fort autant dans le respect de ses idéaux que dans celui des idéaux d’autrui.

Excellente semaine à chacun.