Ah ! Si seulement nous savions où la vie nous entraîne… Rencontrerons-nous des obstacles ? Saurons-nous les contourner, par au-dessus, en en faisant le tour, et saurons-nous ensuite reprendre notre cheminement ? Peut-être nous laisserons-nous entraîner sur des routes que nous ne souhaitions pas rejoindre, ou peut-être retrouverons-nous des sentiers de longtemps oubliés ? Peut-être, sait-on jamais, découvrirons-nous des raccourcis inattendus et de nouveaux horizons ?
A la jonction du passé et de l’avenir, les enfants d’Israël reçoivent, pendant tous le livre du Deutéronome, les recommandations de leur guide, de leur prophète, de Moïse. Ils se préparent à achever leur chemin du désert, et à commencer le chemin en Canaan. Il reçoivent le récit de leurs errances et détours dans le désert, pour mieux préparer leur futur.
De leurs actions dépendra leur succès. Qu’ils restent attachés aux voies de la raison, aux principes de leur civilisation, à leur culture éthique, et tout ira bien. Qu’ils s’en détournent et tout risque de basculer.
Ekev – mot ambigü qui donne son nom à notre paracha.
Ekev signifie la conséquence, « à la suite de ». « A la suite de votre respect de vos engagements sociaux et moraux, les réussites sociales promises par l’Eternel s’accompliront. »
וְהָיָה עֵקֶב תִּשְׁמְעוּן, אֵת הַמִּשְׁפָּטִים הָאֵלֶּה, וּשְׁמַרְתֶּם וַעֲשִׂיתֶם, אֹתָם–וְשָׁמַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְךָ, אֶת-הַבְּרִית וְאֶת-הַחֶסֶד, אֲשֶׁר נִשְׁבַּע, לַאֲבֹתֶיךָ.
La permanence des conséquences est ce qui nous permet d’avancer, de construire. De même, le talon, « akav », est notre premier appui dans la marche.
Mais Ekev rappelle aussi ce qui détourne, « méakev », les obstacles. C’est contourner au lieu d’avancer droit, à tort ou à raison.
Ce Ekev, si ambigü, fait référence au dernier des patriarches, notre dernière référence commune avant le partage du peuple d’Israël en tribus : Yaacov.
Yaacov, c’est la complexité de la marche et de la démarche humaine, l’ambiguïté de notre cheminement.
Yaacov, c’est également celui qui devient Israël, le paradigme de notre capacité de changer, de, parfois, cheminer dans la droiture absolue.
Jacob-Israël est humain. L’acquisition morale se fait au prix de la perte physique. Dans sa lutte, il deviendra boiteux. Dans sa lutte, il acquiert une limitation, qui, lui rappelant l’épreuve surmontée, lui procure une force morale sans précédent.
Dieu avait dit à Avraham : « LeH léHa », « Chemine ! »
Moïse rappelle en ce jour que les enfants d’Israël ont marché pendant 40 ans, sans que leur robe ne s’use ni que leur pied ne gonfle ( Deut. 8 :4) .
שִׂמְלָתְךָ לֹא בָלְתָה, מֵעָלֶיךָ, וְרַגְלְךָ, לֹא בָצֵקָה–זֶה, אַרְבָּעִים שָׁנָה.
Jusqu’à aujourd’hui, nous soulignons l’immense chance qui est la nôtre, celle de pouvoir cheminer, dans les bénédictions que nous prononçons le matin au réveil. (« acher méHin Mitsadé gaver » et « chéassa li kol tsorki », voir article ICI)
Nous ne savons pas où cette année nous mènera, mais nous réfléchissons aux chemins, géographiques, techniques et moraux, que nous souhaitons emprunter. Nous pensons aux horizons dans lesquels nous voulons nous installer.
Nous ne savons pas quels obstacles se présenteront. Nous pouvons décider aujourd’hui d’une approche pour les surmonter.
Comme le dit le poète : « Je ne me souviens que d’un mur immense, mais nous étions ensemble, ensemble nous l’avons franchis. »
Qu’au cours de l’année qui se présente, nos destinations soient belles, nos chemins soient droits, nos obstacles soient des moyens de nous dépasser. Que nos talons nous conduisent avec talent.
Réflexion:
Nous avons parlé de la symbolique du talon dans la tradition juive. De nombreuses expressions en français concernent également le talon. L’an prochain, marcherons-nous sur les talons de nos biens-aimés, découvrirons-nous notre talon d’Achille, voudrons-nous tourner les talons et partir loin sur nos talons aiguilles? (l’essentiel est de faire cela avec talent 😉 ) Que signifient ces expressions ? Nous apprennent-elles quelque chose sur l’importance du talon pour l’être humain?
Le titre de la paracha fait allusion au talon (akev) mais le verset cité parle des pieds (régel). Quelles autres expressions impliquent les pieds ou les chaussures, dans le judaïsme comme dans la langue française? (Bon pied, bon oeuil, voter avec les pieds, casser les pieds, prendre son pied, trouver chaussure à son pied, lécher les bottes… )


