Etat indépendant depuis 1806, la petite principauté du Liechtenstein, formée de 11 communes, s'étend sur 160 km² et a pour capitale Vaduz. Limitrophe de la Suisse et de l'Autriche, elle confine aux cantons de Saint-Gall et des Grisons et à l'Etat fédéral (Bundesland) du Vorarlberg. Environ 3800 habitants vers 1600, 4317 en 1784, 5797 en 1812, 8162 en 1852, 7531 en 1901, 13'757 en 1950, 25'215 en 1980, 32'863 en 2000, 36'149 en 2010, 39'055 en 2020. Les quatre cinquièmes de la population sont catholiques et, depuis 1921, l'Eglise catholique romaine est placée sous la protection de l'Etat.
De la préhistoire au haut Moyen Age
Origines et préhistoire
Peuplement depuis le Mésolithique
Contrairement aux régions limitrophes, où les plus anciennes traces humaines remontent à la fin du Paléolithique moyen (50'000-35'000 av. J.-C.; Wildkirchli, Drachenloch, Wildenmannlisloch) et à l'Epipaléolithique (12'000-9000 av. J.-C.; Coire, Rüthi), les premiers indices de la présence de groupes pratiquant la chasse et la cueillette au Liechtenstein datent du Mésolithique (10'000-6000 av. J.-C.; Eschen, Mauren et Schaan).
A partir de 4700 av. J.-C. au plus tard (Néolithique ancien), des populations originaires probablement du sud de l'Allemagne s'installèrent pour la première fois dans la vallée du Rhin alpin où elles se consacrèrent à l'agriculture. Elles bâtirent leurs villages à proximité de sols fertiles et de cours d'eau, ainsi que sur des collines (Eschen - Malanser, Gamprin - Lutzengüetle, Gamprin - Sägaweiher, Schellenberg - Borscht, Schellenberg - Untere Burg, Schaan - Krüppel, Balzers - Gutenberg) et sur les premières terrasses surplombant la plaine alluviale du Rhin (Schaan, Triesen, Mauren). Si aucun village n'a encore été fouillé dans son intégralité, des vestiges isolés ont été mis au jour, tels que des foyers, des fosses, des niveaux de circulation, des trous de poteaux et des restes de parois en argile.
Au Néolithique déjà, des interactions avec d'autres espaces culturels peuvent être présumées au travers des relations commerciales et des influences provenant du Moyen Pays suisse (cultures de Pfyn et de Horgen) ainsi que de l'Allemagne centrale et méridionale (cultures de Rössen et Epi-Rössen, de Schussenried, de la céramique cordée). Les matières premières (silex, cristaux de roche, serpentinite) utilisées pour la fabrication d'outils étaient importées du Vorarlberg, des Alpes de Brandenberg dans le Tyrol et des Grisons. Les outils en silex de meilleure qualité étaient acquis comme produits finis en Basse-Bavière, dans la région du lac de Garde, en France ou dans le Moyen Pays suisse. Les sépultures font défaut, seuls quelques fragments d'os humains datant d'environ 2800 av. J.-C. ont été retrouvés sur le site de Lutzengüetle.
Ages du Bronze et du Fer
Certains sites néolithiques continuèrent d'être occupés pendant le Bronze ancien (2200-1550 av. J.-C.): Eschen - Malanser, Schellenberg - Borscht, Schellenberg - Untere Burg, Gamprin - Bühl, Gamprin - Sägaweiher, Nendeln - Im Feld et les terrasses près de Triesen - Meierhof. Le nombre de villages augmenta à partir de l'âge du Bronze moyen (1550-1300 av. J.-C.). L'âge du Bronze final (1300-800 av. J.-C.), en particulier, a livré dans toutes les communes des habitats parfois très étendus, situés sur les rives du Rhin et des marais, ainsi que sur les sommets du Rätikon et de l'Eschnerberg. Des murs de terrassement et des ouvrages de correction de torrents de cette époque ont été mis au jour pour la première fois à Triesen.
A l'âge du Bronze, les populations de la région vivaient encore principalement de l'agriculture, complétée par la chasse, la pêche et la cueillette. Les débuts d'un artisanat des métaux sont attestés par deux moules du Bronze ancien trouvés à Schellenberg - Borscht, ainsi que par un four double, des morceaux de bronze et le moule d'une hache à douille découverts au cœur du site du Bronze final de Mauren. Un lingot en forme de hache provenant de Vaduz - Schwefel (vers 2000 av. J.-C.) laisse supposer que le bronze brut était importé. Au Bronze final, le Liechtenstein se trouvait dans la zone d'influence de la culture des Champs d'Urnes de l'Allemagne méridionale. Les cruches et jarres de la culture de Laugen-Melaun montrent une forte influence de la région intra-alpine du Trentin-Tyrol du Sud, que des sources plus tardives indiquent comme étant habitée par des Rhètes.
Les premières tombes datent du Bronze ancien: dans la grotte de Vaduz - Girastein (à 1860 mètres), un défunt en position repliée a été retrouvé avec une aiguille en os en guise de mobilier funéraire (vers 2100 av. J.-C.). A cela s'ajoutent plusieurs sépultures dans l'abri Unterm Wissa Stein à Ruggell (entre 1900 et 1660 av. J.-C.), une sépulture double (deux individus masculins tête-bêche) à Triesen (1700-1500 av. J.-C.) et un squelette (avec épée, poignard, hache et fibule) à Gamprin - Au (1500-1400 av. J.-C.). Au Bronze final, les tombes à incinération étaient la règle (Mauren - Brunnenbritschen, Vaduz - Runda Böchel, Balzers - Runda Böchel). Si les inhumations étaient rares, on a néanmoins découvert une tombe double d'enfants dans une fosse à grains (Mauren - Freiadarf) et une sépulture de femme avec une boucle d'oreille munie de perles de verre bleu (Triesen - Meierhof). Des pratiques rituelles isolées sont attestées pour l'époque: des bijoux, des armes et des outils furent déposés du Bronze moyen au Bronze final dans les marais autour de l'Eschnerberg et sur le massif alpin du Rätikon.
Certains villages à flanc de coteau et au sommet de l'Eschnerberg et du Rätikon restèrent habités pendant la période de Hallstatt (800-450 av. J.-C.). Outre des bâtiments, une partie d'un chemin fortifié (900-600 av. J.-C.), des terrassements et des corrections de cours d'eau ont été conservés à Triesen. Les habitations à Triesen et Balzers étaient en bois et torchis ou en madriers et à poteaux sur des fondations en pierres sèches. Le village sur le Borscht fut fortifié par un rempart entre 560 et 470 av. J.-C. Des sites de La Tène (450-15 av. J.-C.) ont été mis au jour à Gamprin - Lutzengüetle, Nendeln - Im Feld, Planken - Kolera, Triesen - Garnis, Balzers - Gutenberg et Balzers - Ronda Böchel.
Le groupe de la vallée alpine du Rhin (Alpenrheintalgruppe), caractérisé par la céramique de style Tamins, plus ancienne, et de style Schneller, plus récente, se développa à l'âge du Fer dans la vallée homonyme et les régions limitrophes. Les individus porteurs de cette culture appartenaient vraisemblablement à une population celto-rhétique. Les influences des deux versants des Alpes sont visibles dans les formes et décors de la céramique ainsi que dans l'utilisation du tour de potier à rotation lente. Des bijoux et des armes provenant d'Italie du Nord (notamment de la culture de Golasecca) et du sud-est des Alpes firent leur apparition dans la région grâce au commerce transalpin (auquel participaient peut-être des communautés locales pratiquant le sommage) ou aux alliances exogamiques. A partir du IIIe siècle av. J.-C., l'influence celte venue du nord grandit, ce qui ressort de la céramique en argile graphitique (Grafittonkeramik), des bracelets en verre et des fibules. L'âge du Fer a livré pour le moment 30 tombes à incinération à Balzers - Ronda Böchel (550-250 av. J.-C.) et une sépulture à inhumation à Vaduz - Schlosswiese (Ier s. av. J.-C.).
Des foyers pour la crémation d'offrandes sur l'Eschen - Schneller et près de Balzers - Gutenberg et Balzers - Rietle, parfois utilisés simultanément, servirent dès la période de Hallstatt au culte des divinités. Les statuettes votives du Gutenberg (quatre guerriers avec des casques de Negau, deux adorants, une figurine anthropomorphe, un sanglier et un cerf) furent déposées, probablement sur une longue période, pendant l'époque de La Tène. Les deux seules monnaies celtiques mises au jour au Liechtenstein proviennent des environs du sanctuaire du Gutenberg, près de Balzers: un quinaire des Eduens et un statère des Helvètes datant du IIe/Ier siècle av. J.-C. La découverte de monnaies de la République signale des échanges commerciaux avec Rome.
De l'époque romaine au haut Moyen Age
Après la campagne des Alpes de Drusus et Tibère (vers 15 av. J.-C.), la région fut intégrée à la province romaine de Rhétie (Raetia). La population tira profit du commerce florissant entre la Méditerranée et les provinces du nord, ainsi que des innovations techniques, culturelles, juridiques et agricoles.
Sur les premières terrasses au-dessus de la plaine du Rhin, entre Triesen et Schaanwald, on construisit au plus tard entre la fin du Ier et le début du IIe siècle apr. J.-C. des villae simples en pierre et mortier, réparties de manière régulière dans le territoire et qui exploitaient des domaines d'environ 60-80 hectares. Les importations de céramique sigillée, de vaisselle en verre, de bijoux et d'aliments exotiques tels que le maquereau méditerranéen témoignent d'une certaine prospérité. Un petit habitat ou un relais routier vit probablement le jour à Balzers (peut-être Magia mentionné sur la Table de Peutinger), un autre sans doute à Schaan. Des toponymes romanches et des vestiges romains isolés indiquent vraisemblablement une occupation au moins saisonnière des régions élevées. Pendant la période d'insécurité des IIIe et IVe siècles, la population se regroupa dans des lieux faciles à défendre (Gamprin - Lutzengüetlekopf, Schaan - Krüppel et Balzers - Gutenberg). Les villae furent abandonnées au plus tard dans la seconde moitié du IVe siècle. La sécurité était assurée par le castrum de Schaan.
Du Ier au IIIe siècle, il y eut peut-être un ustrinum (place de crémation) à Balzers - Rietle; les tombes correspondantes n'ont toutefois pas été retrouvées. A ce jour, seules quelques sépultures datant de l'Antiquité tardive ont été mises au jour à Balzers, Triesen, Vaduz et Schaan. Les informations sur les pratiques religieuses sont également rares. Les foyers destinés à l'incinération d'offrandes furent probablement encore utilisés pendant les premiers siècles après la conquête romaine. Le christianisme se répandit à partir du Ve ou VIe siècle au plus tard. Parmi les plus anciens témoignages, on trouve un baptistère situé sous l'église Saint-Pierre à Schaan.
Après le retrait des troupes romaines au Ve siècle, les évêques de Coire prirent en charge l'administration de la région et la conservèrent jusqu'à l'introduction du système comtal en 806. La population romane du haut Moyen Age n'est connue à ce jour que par la fondation précoce d'églises à Mauren, Eschen et Balzers, par l'existence d'un domaine (curtis) à Gamprin - Bendern et par celle d'une nécropole à Balzers - Ronda Böchel. Des tombes apparemment germaniques datant du VIIe siècle, découvertes à Eschen et Schaan, suggèrent la présence de populations allochtones; pour l'heure, aucune preuve scientifique (sous forme d'analyses d'ADN ancien ou isotopiques) ne vient toutefois étayer cette supposition.
Du royaume franc à la principauté d'Empire
Avec la constitution du comté franc en 806, le territoire de l'actuel Liechtenstein fut attribué à la Basse-Rhétie (Rhétie), la partie méridionale (l'Oberland d'aujourd'hui) allant au ministerium in planis et la partie septentrionale (l'Unterland) au ministerium vallis drusiana (Walgau). Au spirituel, l'Unterland relevait du décanat de vallis drusiana du diocèse de Coire, l'Oberland de celui de sub Langaro (Unter der Landquart) auquel l'Unterland fut également rattaché en 1370. Entre 1717 et 1808, le Liechtenstein forma un chapitre autonome du décanat de Walgau. Les couvents de Pfäfers, Saint-Lucius de Coire, Sankt Johann dans la vallée de la Thur, le chapitre de Schänis et le chapitre cathédral de Coire y détenaient des biens et des droits ecclésiastiques. Jusqu'en 1637, la paroisse de Bendern compta aussi des régions suisses.
Le polyptyque rhétique (vers 840) répertorie les biens du royaume franc et du couvent de Pfäfers. En 917, la Rhétie (Retia curiensis) passa au duché de Souabe. Le territoire de l'actuel Liechtenstein fit partie du Saint Empire romain germanique jusqu'à la disparition de celui-ci en 1806. Après des partages successoraux des comtes von Montfort, qui gouvernèrent la Basse-Rhétie à partir de 1182, se constituèrent sur la rive droite du Rhin, au-dessous de Sankt Luzisteig jusqu'au Schaaner Riet et autour de l'Eschnerberg, les juridictions de Vaduz et de Schellenberg, dans lesquelles les seigneurs de Schellenberg possédèrent des biens jusqu'en 1317. Des Walser s'établirent sur le Triesnerberg (Triesenberg) avant 1300; ils perdirent leurs franchises au début du XVIIe siècle. Vaduz et la partie méridionale de Schellenberg passèrent en 1258 aux comtes de Werdenberg-Sargans qui les partagèrent en 1342, créant ainsi le comté de Vaduz, dont le seigneur prit domicile au château fort de Vaduz. Les Habsbourg, qui commencèrent à accaparer les seigneuries du Vorarlberg en 1322, entrèrent en possession de la seigneurie de Gutenberg à Balzers entre 1309 et 1314 et la conservèrent jusqu'en 1824.
En 1396, à Prague, l'empereur Wenceslas confirma que le comté de Vaduz (avec Schellenberg) était fief impérial (jouissant de l'immédiateté), dont les privilèges furent reconduits et élargis aux XVe et XVIe siècles. Les comtes, dont la souveraineté s'affermissait progressivement, subirent l'effet des alliances qui se créaient dans le voisinage. Le landamman et les habitants de l'Eschnerberg (Schellenberg) adhérèrent à la Ligue du Lac (avec Appenzell et Saint-Gall) de 1405 à 1408.
En 1416, les barons von Brandis acquirent du dernier Werdenberg, Hartmann, évêque de Coire et comte de Vaduz, auquel ils étaient apparentés, Vaduz et la partie sud de Schellenberg; puis, entre 1430 et 1437, s'y ajouta la partie nord. Ainsi fut constitué le territoire du Liechtenstein actuel. Au XVe siècle, la région et sa population furent entraînés dans les guerres d'Appenzell (1405-1408), dans le conflit pour la succession du Toggenbourg (guerre de Zurich), dans la guerre de Souabe (1499) et en souffrirent considérablement. Par le biais d'alliances et par l'acquisition des seigneuries nobles de Sargans, Werdenberg et Sax, la Confédération suisse s'agrandit jusqu'au Rhin. Le fleuve, que l'on franchissait en bac ou à gué, forma à partir de 1500 la frontière avec les seigneuries de Vaduz et de Schellenberg, mais les contacts perdurèrent. C'est ainsi que les sujets de Vaduz possédèrent jusqu'en 1853 des biens importants à Werdenberg et, qu' à l'inverse, vers 1700, la plupart des créanciers des seigneuries de Vaduz et de Schellenberg étaient grisons. Des conflits relatifs à l'obligation d'entretien des rives du fleuve opposèrent les communes des deux rives jusqu'au début du XIXe siècle. Les autorités liechtensteinoises craignirent aussi parfois que troubles (1719-1722) ou idées révolutionnaires (1790, puis 1798) ne traversent la frontière.
En 1510, Johannes von Brandis, prévôt du chapitre de Coire, vendit Vaduz et Schellenberg à son neveu Rudolf von Sulz. Les comtes de Sulz luttèrent contre l'influence des voisins grisons réformés sur le plan religieux et réprimèrent les soulèvements paysans. La rédaction de la coutume (Landsbrauch) en vigueur à Vaduz et à Schellenberg fut entreprise dès 1513; le droit coutumier fut en vigueur jusqu'en 1808. Chacune des deux provinces choisissait son landamman parmi trois candidats proposés par le souverain; ce magistrat était notamment appelé à présider les deux sessions annuelles du tribunal. Le statut juridique des habitantes et habitants fut uniformisé vers 1500 en un servage modéré qui se maintint jusqu'en 1808.
En 1613, Karl Ludwig von Sulz céda Vaduz et Schellenberg à son gendre, le comte Kaspar von Hohenems; le prince-abbé de Saint-Gall, qui avait également montré son intérêt pour le comté, en fut pour ses frais. Le XVIIe siècle fut marqué par une mauvaise gestion financière, la peste, la chasse aux sorcières, ainsi que par des pillages et des dévastations pendant la guerre de Trente Ans et les Troubles des Grisons. Jakob Hannibal von Hohenems, criblé de dettes, proposa en 1693 aux III Ligues de lui racheter les communes au sud de Vaduz. Répondant aux demandes de la population, l'empereur déposa le comte et mit en vente les seigneuries de Schellenberg et de Vaduz pour éponger les dettes. Le prince Hans-Adam Ier de Liechtenstein qui, pour obtenir un siège à la Diète et à l'assemblée du cercle de Souabe (cercles d'Empire), avait besoin du statut d'immédiateté impériale de ces seigneuries, acheta la première en 1699, la seconde en 1712. Le prince-abbé de Saint-Gall et le prince-évêque de Coire s'étaient aussi intéressés à cette acquisition. En 1719, l'empereur Charles VI éleva Vaduz et Schellenberg au rang de principauté d'Empire sous le nom de Liechtenstein, du nom de la nouvelle famille régnante.
La principauté depuis 1806
La constitution
En 1806, le Liechtenstein devint membre de la Confédération du Rhin, ce qui fit de lui un pays souverain. Le prince Johann Ier de Liechtenstein rassembla l'autorité publique sur la personne du monarque en 1808. L'administration fut confiée à l'Oberamt, à Vaduz, sous la direction d'un bailli étranger nommé par le prince. Le mouvement de modernisation entraîna également l'introduction de l'école obligatoire (1805), la création d'une réglementation fiscale (1807) et d'un cadastre (1809), ainsi que la reprise du code civil général autrichien (1812).
Le pays fut admis dans la Confédération germanique en 1815 et, en 1818, Johann Ier de Liechtenstein promulgua une charte constitutionnelle imprégnée de néoabsolutisme. La révolution de 1848 aspirait à des changements politiques et à une libéralisation de l'économie. En mai 1849, Alois II de Liechtenstein concéda à la population davantage de droits, mais les lui retira en 1852. La même année, le Liechtenstein conclut avec l'Autriche une union douanière et fiscale. La constitution promulguée par le prince Johann II de Liechtenstein en 1862 fit du pays une monarchie constitutionnelle; un parlement, un gouvernement et des tribunaux limitaient désormais le pouvoir princier. Le Landtag, le parlement, était composé de 15 députés, dont trois étaient nommés par le souverain et 12 élus par les citoyens, d'abord indirectement, puis directement depuis 1918. Un président du gouvernement (Landesverweser), toujours autrichien entre 1862 et 1921, était désigné par le prince pour diriger les affaires.
L'éclatement de l'empire austro-hongrois provoqua une réorientation de la politique intérieure et extérieure du Liechtenstein. En 1918 furent fondés les premiers partis politiques, le Parti populaire chrétien-social et le Parti progressiste des citoyens. La constitution de 1921 reprit celle de 1862 en y introduisant l'initiative populaire et le référendum selon le modèle suisse. Elle fit du prince et du peuple les détenteurs de la puissance publique (dualisme); l'Etat y était défini comme une monarchie héréditaire constitutionnelle sur une base démocratique et parlementaire (article 2). Le Landtag compta au début 15 députés (25 dès 1988), élus selon le système majoritaire et, depuis 1939, à la proportionnelle. Le suffrage féminin fut introduit par un scrutin populaire en 1984. Le gouvernement, collégial, est formé de cinq citoyennes et citoyens liechtensteinois (trois avant 1965), nommés par le prince sur proposition du Landtag; jusqu'en 2003, ces personnes devaient être nées dans le pays. La justice civile et pénale relève d'un tribunal de première instance (Landgericht), d'un tribunal de deuxième instance (Obergericht) et d'une Cour suprême (Oberster Gerichtshof). La juridiction administrative relève d'une instance de recours administratif (tribunal administratif depuis 2003) et la juridiction constitutionnelle de la cour constitutionnelle. Le prince est le chef de l'Etat et représente son pays à l'extérieur. Les lois doivent recevoir sa sanction. Il dispose du droit de nécessité, du droit de grâce et du droit d'interrompre une procédure pénale. Il peut également prononcer la dissolution du parlement.
En 1938, le trône échut au prince Franz Josef II de Liechtenstein qui quitta Vienne pour s'installer à Vaduz, devenue résidence permanente des princes. A sa mort en 1989, le prince Hans-Adam II de Liechtenstein lui succéda. Il confia en 2004 au prince héritier Alois de Liechtenstein l'exercice du pouvoir.
En 1992, un désaccord entre le prince régnant et le gouvernement à propos de la date de la votation relative à l'adhésion à l'Espace économique européen (EEE) – approuvée par le peuple en 1992 et 1995 – aboutit à une crise gouvernementale. Depuis ce moment, des négociations se déroulèrent entre la maison princière, le gouvernement et le parlement concernant un amendement de la constitution de 1921. En 2003 le peuple accepta, après un débat enflammé sur l'objet du vote, la révision constitutionnelle proposée par le prince à une majorité d'un peu moins des deux tiers. Les nouveautés introduites étaient le droit de sécession des communes, la motion de méfiance à l'égard du prince et la procédure d'abolition de la monarchie. Les modifications concernaient la nomination des juges et la destitution du gouvernement dans son ensemble ou de certains de ses membres. La compétence de la cour constitutionnelle de trancher les litiges opposant le gouvernement et le Landtag à propos de l'interprétation des dispositions constitutionnelles particulières était supprimée. Le souverain ou le parlement peuvent dorénavant renvoyer le gouvernement à tout moment. Le prince joue un rôle déterminant dans la désignation des juges. La position politique du monarque a été dans l'ensemble renforcée. La révision constitutionnelle, critiquée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, occupa également le Conseil de l'Europe. La motion de son comité de pilotage d'engager une procédure de monitoring fut rejetée par l'Assemblée parlementaire en janvier 2004. A sa place, il parut préférable d'engager un «dialogue» avec le Liechtenstein afin d'examiner, après l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution, si la pratique constitutionnelle et politique du pays respectait les principes du Conseil de l'Europe en matière de démocratie, de prééminence du droit et de droits fondamentaux.
Conformément à la constitution, l'Eglise catholique romaine est l'Eglise nationale et bénéficie à ce titre de l'entière protection de l'Etat. En 1997, afin de résoudre la querelle autour de l'évêque de Coire, le pape Jean-Paul II détacha le territoire du Liechtenstein du diocèse et créa l'archidiocèse de Vaduz, composé de dix paroisses. L'évêque controversé de Coire, le Liechtensteinois Wolfgang Haas, en fut le premier archevêque.
La politique extérieure
Le prince détermina la politique étrangère jusqu'en 1921. Celle-ci fut néanmoins influencée par l'appartenance du pays à la Confédération du Rhin, puis à la Confédération germanique, enfin, de 1852 à 1919, par l'accord douanier et fiscal qui le liait à l'Autriche. En 1837 et 1847, des conventions concernant la correction du Rhin furent conclues avec le canton de Saint-Gall. Le Liechtenstein signa avec la Suisse un accord de libre circulation (1838) et un traité d'établissement (1874). En 1911, la principauté coordonna son service des postes, télégraphes et téléphones avec l'Autriche, mais commença en 1912 l'émission de ses propres timbres-poste. Durant la Première Guerre mondiale, le pays, qui avait supprimé son armée en 1868, resta neutre, mais dut faire face à de grandes difficultés d'approvisionnement en denrées alimentaires et en matières premières. Il dut s'employer après la fin du conflit à faire reconnaître sa neutralité et sa souveraineté. Sa demande d'adhésion à la Société des Nations (SdN) fut rejetée en 1920; seule la Suisse vota en sa faveur. Après l'effondrement de l'empire austro-hongrois, le Liechtenstein dénonça son accord douanier avec l'Autriche en 1919 et intensifia ses relations avec la Suisse qui, dès cette année-là, représenta ses intérêts diplomatiques et consulaires. Un accord postal fut signé entre les deux pays en 1920 (abrogé en 1999) et un traité d'union douanière en 1923. Le Liechtenstein participa à quelques concordats intercantonaux et collabore étroitement avec les cantons des Grisons et de Saint-Gall ainsi qu'avec le Land autrichien du Vorarlberg. Les premières légations liechtensteinoises furent ouvertes à Berne (1919-1933 et depuis 1944) et à Vienne (1919-1923 et depuis 1983). Plus tard suivirent des représentations auprès du Saint-Siège (1985), à Berlin (1999), Washington (2000), auprès du Conseil de l'Europe (1978), de l'Organisation des Nations Unies (ONU, 1990), de l'Association européenne de libre-échange (AELE, 1991) et d'autres organisations internationales. Depuis 2000, la Suisse est représentée dans la Principauté par une ambassade. Comme la plupart des représentations au Liechtenstein, celle-ci se trouve toutefois à Berne. Avec l'Autriche, le Liechtenstein entretient des rapports étroits en matière d'entraide judiciaire, de sécurité sociale et d'enseignement. Il est devenu membre de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye en 1950, du Conseil de l'Europe en 1978, de l'ONU en 1990, de l'AELE en 1991 (membre associé depuis 1960), du General Agreement on Tariffs and Trade (Gatt) en 1994, de l'EEE et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995; depuis 1972, il est associé à l'accord de libre-échange entre la Suisse et la Communauté européenne (CE).
La vie politique
Aux élections du Landtag de 1922, le Parti populaire chrétien-social obtint la majorité des sièges. C'est à cette époque que furent réalisés en 1923 l'union douanière déjà citée, qui reprenait un grand nombre des dispositifs légaux suisses, et le remaniement des droits réels selon le modèle suisse, et l'adoption du franc suisse comme monnaie légale (1924). Avec le droit des personnes et des sociétés, le Liechtenstein posa en 1926 la première pierre de la place financière qu'il allait devenir et qui représente une contribution importante aux recettes de l'Etat. Conséquence politique de l'affaire dite de la Caisse d'épargne (1928), dans laquelle le président du Parti populaire était impliqué, les chrétiens-sociaux furent écartés du pouvoir par le Parti progressiste des citoyens, qui le conserva jusqu'en 1970. Le nouveau gouvernement eut principalement pour tâche de réparer les dommages catastrophiques causés par la rupture de la digue du Rhin à Schaan en 1927 et de maîtriser la crise économique. En 1939 et 1949, soumis par la Suisse à de fortes pressions, le Liechtenstein lui céda pour des raisons militaires des portions de territoire à la frontière des Grisons (en particulier sur l'Ellhorn et le Fläscherberg) et reçut en échange un dédommagement financier et territorial.
Les années 1930 furent marquées par de fortes oppositions politiques internes, liées en particulier à l'emploi, au scrutin proportionnel et à l'orientation idéologique. En 1936, le Parti populaire de tendance plutôt libérale s'allia au Mouvement patriotique liechtensteinois créé en 1933, corporatif et autoritaire, pour former un nouveau parti, l'Union patriotique. Sous le coup de l'Anschluss, le Parti progressiste des citoyens et l'Union patriotique formèrent en 1938 une coalition qui amena l'apaisement politique durant toute la guerre. Le Mouvement populaire allemand au Liechtenstein, ouvertement national-socialiste, visa de 1938 à 1945 le rattachement de la principauté au Troisième Reich (Allemagne), mais la tentative de coup d'Etat du 24 mars 1939, qu'il avait organisé en accord avec les SA de Feldkirch, échoua devant la résistance du gouvernement et de la population. Les relations avec la Suisse aidèrent le Liechtenstein à surmonter politiquement et économiquement sans trop de mal les années de guerre. Après 1945, le pays introduisit un système d'assurances sociales sur le modèle suisse: assurance vieillesse et survivants (AVS, 1954), caisse d'allocations familiales (1958), assurance invalidité (AI, 1960) et assurance chômage (AC, 1969). En 1981, il conclut un accord monétaire avec la Confédération. De nouveaux partis politiques ont vu le jour, en particulier le Parti chrétien-social (1962-1974) et la Liste libre, d'inspiration écologiste et alternative (1985), qui siège au Landtag depuis 1992. D'autres petites formations renoncèrent à participer aux élections ou ne furent pas assez fortes pour emporter un mandat.
L'économie
Jusqu'au début du XXe siècle, le Liechtenstein vécut principalement de l'agriculture. Des crises économiques provoquèrent dès 1850 des vagues d'émigration, la plupart du temps vers l'Amérique du Nord et du Sud. A partir de 1861, l'industrialisation fit son apparition, surtout dans le textile. La ligne ferroviaire Feldkirch-Buchs fut ouverte en 1872. L'essor économique rapide qui suivit 1945 vit la production industrielle se déplacer plus particulièrement vers des domaines hautement technologiques comme les procédés de fixation Maschinenbau Hilti OHG (Hilti), les systèmes de chauffage et de ventilation (Hoval AG), la technique du vide Gerätebauanstalt Balzers (Balzers und Leybold), la mécanique de précision (Thyssenkrupp Presta AG), l'odontologie (Ivoclar-Vivadent AG), les aliments préparés (Hilcona AG) ou encore l'électronique (Neutrik AG). La population active du Liechtenstein est passée entre 1950 et 2005 de 6338 à 30'170 personnes. En 2005, le secteur tertiaire fournissait 54,8% des emplois, le secondaire 43,9% et le primaire 1,3%. Le pays est devenu une place financière internationale. Les fortunes privées gérées par les banques s'élevaient en 2005 à 128'719 millions de francs, donc près de 129 milliards. Les diverses formes d'entreprises autorisées par la loi sur les personnes et les sociétés et une fiscalité avantageuse incitèrent des entreprises étrangères à implanter leur siège social et leurs holdings dans la principauté. Sous la pression extérieure, les autorités tentèrent régulièrement de lutter contre les abus (blanchiment de fonds, fraude fiscale) par des réformes légales, si bien que la place financière a évolué depuis la fin du XXe siècle vers des activités onshore plutôt qu'offshore.
Avec la croissance, le Liechtenstein est devenu un pays d'immigration. En 2024, un bon tiers de la population résidente était de nationalité étrangère, les Suissesses et Suisses représentant 27% de cette proportion. Sur les quelque 43'441 personnes actives cette année-là, 72% étaient des étrangères et étrangers et 28% des Liechtensteinoises et Liechtensteinois. Les 57% représentaient les travailleuses et travailleurs pendulaires venant principalement d'Autriche et de Suisse, alors que le nombre des pendulaires sortants restait faible (12%). En 2004, 2612 Liechtensteinoises et Liechtensteinois vivaient à l'étranger, dont 1626 (1724 en 2024) en Suisse. En 2024, les entreprises locales employaient 62'930 collaboratrices et collaborateurs hors des frontières du pays. Cette même année, l'EEE figurait au premier rang des bénéficiaires des exportations des 37 entreprises industrielles membres de la Chambre de commerce et d'industrie avec 44,6%, suivi de l'Amérique (22%), de l'Asie et du Pacifique (16,3%) et de la Suisse (12,4%). Le budget de l'Etat était en 2023 de 1781,2 millions de francs pour les dépenses courantes et de 2106,6 millions pour les recettes courantes. Grâce à l'union douanière et aux relations conventionnelles étroites et diversifiées qui lient les deux pays ainsi qu'à l'assise politique étrangère du Liechtenstein, la Suisse a eu une part non négligeable dans son essor économique.
Vie culturelle et formation
Outre les célèbres collections princières, qui comprennent des œuvres majeures de l'art européen sur quatre siècles (dont une partie fut exposée dès 2004 au Liechtenstein Museum à Vienne, fermé en 2012), la principauté offre un grand choix de musées (Postmuseum, 1936; Landesmuseum, 1954; collection d'art liechtensteinoise, 1968; Skimuseum, 1993; Kunstmuseum, 2000; ainsi que divers musées locaux et spécialisés). La Bibliothèque nationale (1961) et l'école de musique (1963) à Vaduz, le théâtre «am Kirchplatz» à Schaan (1970) apportent une riche contribution à la vie culturelle, qui va de la sauvegarde du folklore jusqu'à l'art contemporain.
La principauté dispose d'un choix restreint d'établissements de formation et d'enseignement de niveau universitaire avec le Liechtenstein Institut (1986), l'Internationale Akademie für Philosophie (1986-2024), l'Universität für Humanwissenschaften (2000, dès 2008 Private Universität im Fürstentum Liechtenstein) et la Hochschule Liechtenstein (2005, dès 2011 Universität Liechtenstein). Grâce aux accords bilatéraux conclus avec l'Autriche et la Suisse, les ressortissantes et ressortissants liechtensteinois peuvent étudier dans les Universités et les Hautes écoles spécialisées des deux pays, ce qu'ont fait la plupart des quelque 1200 étudiantes et étudiants inscrits pour l'année universitaire 2022-2023. Au début du XXIe siècle, la formation des institutrices et instituteurs et la formation professionnelle se font majoritairement dans des établissements suisses.
Sources et bibliographie
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