Tālā
| Tālā samoan Unité monétaire actuelle | |
| Officiellement utilisateurs |
|
|---|---|
| Banque centrale | Banque centrale du Samoa |
| Symbole local | WS$, T$ |
| Billets | 2, 5, 10, 20, 50 et 100 tālā |
| modifier |
|
Le tālā (en samoan : tala, sans macrons ; code ISO : WST) est la monnaie officielle de l'État indépendant des Samoa. Il se divise en cent sene. Les deux termes sont les translittérations samoanes des mots anglais dollar et cent[1], eux-mêmes hérités du Thaler, pièce d'argent qui circulait dans les États allemands à l'époque moderne[2].
Son symbole, WS$, conserve la mention « Western Samoa », appellation officielle du pays jusqu'en 1997, année où l'adjectif « occidental » a été retiré du nom officiel[1]. Émise et régulée par la Banque centrale du Samoa (Central Bank of Samoa, CBS), dont le siège se trouve à Apia[3], la monnaie est introduite le , cinq ans et demi après l'accession du pays à l'indépendance.
Histoire
[modifier | modifier le code]Avant l'indépendance
[modifier | modifier le code]Sous l'administration allemande (1900-1914), puis sous le mandat néo-zélandais à partir de 1914, l'archipel ne dispose d'aucune émission monétaire propre. Les transactions s'effectuent d'abord en marks allemands, puis en livres néo-zélandaises dès l'occupation du territoire par le corps expéditionnaire néo-zélandais en [3].
À partir de 1915 paraissent des billets provisoires émis par la force d'occupation. Il s'agit, à l'origine, de billets de 1 et 5 livres de la Bank of New Zealand surchargés à la main et signés par le lieutenant-colonel Robert Logan ; des coupures de 10 shillings viennent compléter la série en 1920[4]. À compter de 1922, des bons du Trésor sont émis « par l'autorité du gouvernement néo-zélandais » dans les valeurs de 10 shillings, 1 livre et 5 livres ; ils restent en circulation jusqu'en 1961, date à laquelle la Bank of Western Samoa prend le relais avec des surcharges sur ces mêmes bons[4].
Introduction du tālā
[modifier | modifier le code]L'indépendance est proclamée le , mais le pays continue d'utiliser la livre pendant plus de cinq ans[3]. Le , la nation se dote d'une monnaie propre : le tālā remplace la livre au taux de 2 tālā pour 1 livre, soit la parité exacte avec le dollar néo-zélandais décimalisé le même jour[1],[5]. Cette parité est maintenue jusqu'en 1975, après quoi le tālā est laissé flottant[2].
Évolutions institutionnelles
[modifier | modifier le code]Au moment de son lancement, l'émission est confiée à la Bank of Western Samoa (Fale Tupe o Samoa i Sisifo), banque commerciale partiellement détenue par le gouvernement samoan qui exerce, pour son compte, des fonctions de change[3]. Au début des années 1970, le gouvernement décide de reprendre un contrôle plus formel de l'émission : le Monetary Board of Western Samoa Act est adopté en 1974 et le Monetary Board of Western Samoa (Komiti Faatino o Tupe a Samoa i Sisifo) entre en fonction au début de 1975[3].
À la fin de la décennie 1970, l'économie samoane traverse une période difficile, avec une inflation proche de 30 % et des réserves de change quasi épuisées[3]. Ce contexte conduit à la création d'une véritable banque centrale : la Banque centrale du Samoa (Central Bank of Samoa), instituée par le Central Bank of Samoa Act de 1984, succède au Monetary Board en se voyant confier l'élaboration et la mise en œuvre de la politique monétaire[3]. Ses missions sont par la suite élargies par le Financial Institutions Act (1996), le Money Laundering Act (2000) et l'Insurance Act (2007)[3].
Pièces
[modifier | modifier le code]Première série (1967)
[modifier | modifier le code]Mises en circulation le jour même de l'introduction du tālā, les premières pièces sont frappées par la Royal Mint du Royaume-Uni dans les valeurs de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 sene, ainsi que 1 tālā, et sont dimensionnées à l'identique des pièces néo-zélandaises de l'époque[4]. Les deux plus petites coupures sont en bronze, les autres en cupronickel. L'avers, gravé par Thomas Humphrey Paget, porte le portrait du chef de l'État Malietoa Tanumafili II ; le revers présente les armoiries nationales[2].
Série de 1974
[modifier | modifier le code]En 1974, une nouvelle série conçue par le graveur néo-zélandais James Berry est mise en circulation. Elle conserve le portrait de Malietoa Tanumafili II à l'avers, mais le revers met désormais à l'honneur les produits cultivés sur l'archipel : noix de coco, fruits de l'arbre à pain, bananes et taro[5]. Une pièce heptagonale de 1 tālā en bronze d'aluminium s'y ajoute en 1984, dans le but de remplacer le billet de même valeur ; encombrante, elle ne s'impose toutefois jamais véritablement dans les transactions courantes[5]. En 2000, une pièce commémorative de 2 sene paraît sur le thème de la FAO et du passage au XXIe siècle[5].
Série de 2011
[modifier | modifier le code]Le , les pièces de 1, 2 et 5 sene sont démonétisées, leur coût de frappe ayant fini par excéder leur valeur faciale[5]. La nouvelle série introduite simultanément, frappée par la Royal Australian Mint de Canberra, se distingue par des modules plus petits et des compositions moins onéreuses : acier plaqué nickel pour les coupures de 5 à 50 sene, acier plaqué bronze pour celles de 1 et 2 tālā[1]. À l'avers figure désormais le chef de l'État Tui Atua Tupua Tamasese Efi ; les revers déclinent des motifs culturels samoans : fleur de teuila, manumea (Didunculus strigirostris), course de pirogues fautasi et armoiries nationales. La pièce de 2 tālā, à contour festonné, vient remplacer le billet en polymère émis en 1990-1991[1].
Les coupures actuellement en circulation sont les suivantes :
| Valeur faciale | Composition | Forme | Motif du revers |
|---|---|---|---|
| 10 sene | Acier plaqué nickel | Ronde | Fleur de teuila |
| 20 sene | Acier plaqué nickel | Ronde | Course de fautasi |
| 50 sene | Acier plaqué nickel | Ronde | Armoiries |
| 1 tālā | Acier plaqué bronze | Heptagonale | Manumea |
| 2 tālā | Acier plaqué bronze | Festonnée | Armoiries |
Billets
[modifier | modifier le code]Premières émissions
[modifier | modifier le code]Les premiers billets en tālā sont mis en circulation en 1967 par la Bank of Western Samoa, dans les coupures de 1, 2 et 10 tālā[4]. Une coupure de 5 tālā vient compléter la série en 1980[5]. À sa création en 1984-1985, la Banque centrale du Samoa reprend les illustrations en y substituant son propre nom, en samoan et en anglais, à celui de l'émetteur précédent[3]. La coupure de 1 tālā est abandonnée tandis que sont introduits, en 1990, les billets de 50 et 100 tālā[2].
Le billet polymère de 1991
[modifier | modifier le code]Le , la Banque centrale émet une coupure spéciale de 2 tālā célébrant le cinquantenaire de l'accession de Malietoa Tanumafili II au titre d'Ao o le Malo (chef de l'État)[5]. Imprimé sur substrat polymère, ce billet (le premier de ce type émis par les Samoa) représente le souverain à l'avers, devant la cathédrale catholique Mulivai d'Apia ; le revers figure une famille samoane réunie sur des nattes dans un fale traditionnel[2]. La coupure est retirée de la circulation en 2011, lorsque la nouvelle pièce de 2 tālā vient s'y substituer[5].
Série de 2008
[modifier | modifier le code]En , une nouvelle série imprimée par De La Rue est introduite. Plus colorée que la précédente, elle intègre des éléments de sécurité modernes : fils de sécurité à fenêtre avec initiales démétallisées sur les coupures de 5, 10 et 20 tālā, et fils Optiks à fenêtre transparente sur celles de 50 et 100 tālā[5]. Chacune des coupures décline un thème distinct[6] :
- la coupure de 5 tālā, rouge et orange, est consacrée au tourisme, avec la plage de Matareva et la villa Vailima (résidence de l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson) au revers ;
- le billet de 10 tālā met initialement à l'honneur la victoire de l'équipe samoane de rugby à sept aux Sevens de Hong Kong de 2007 et la jeunesse de l'archipel ;
- le 20 tālā représente une cascade au recto et, au verso, le manumea et la fleur de teuila ;
- le 50 tālā illustre la stabilité politique et économique du pays, avec le complexe gouvernemental de Matagialalua et le siège de la Banque centrale ;
- le 100 tālā porte le portrait de Malietoa Tanumafili II et la cathédrale Mulivai d'Apia.
À partir de 2017, les billets en coton sont progressivement remplacés par des versions en polymère, qui conservent l'iconographie d'origine mais y ajoutent une fenêtre transparente laissant apparaître la fleur de teuila[1].
Émissions commémoratives récentes
[modifier | modifier le code]En , à l'occasion des XVIe Jeux du Pacifique organisés à Apia, la Banque centrale émet une coupure commémorative de 10 tālā en polymère, conçue et imprimée par De La Rue sur substrat Safeguard[7]. Le format en est inédit dans le pays, avec un recto à orientation verticale et un verso à orientation horizontale ; la composition met en scène les sports populaires de l'archipel (va'a, rugby, haltérophilie) ainsi que des scènes de la vie quotidienne des enfants samoans[8]. Selon le fabricant, il s'agit du premier billet en polymère à empreinte carbone compensée, les émissions générées par sa fabrication ayant été neutralisées par le financement d'un projet de production électrique en Indonésie[9].
Une seconde émission commémorative, d'une valeur faciale inédite de 60 tālā, est lancée le pour marquer le 60e anniversaire de l'indépendance[10]. L'avers porte le portrait de Fiamē Naomi Mataʻafa, première femme à occuper le poste de Premier ministre des Samoa ; le revers représente son père, Fiamē Mataʻafa Faumuina Mulinuʻu II, premier chef de gouvernement après l'indépendance, en train d'abaisser le drapeau néo-zélandais en 1962[8]. Le billet est en outre la première coupure samoane à porter simultanément la signature d'une ministre des Finances et celle d'une gouverneure de la Banque centrale[10]. Distingué « meilleur billet commémoratif de l'année » lors du salon High Security Printing Asia en [11], il intègre un fil de sécurité IGNITE représentant un fue (chasse-mouches cérémoniel samoan) qui semble pulser lorsqu'on incline le billet.
Synthèse des coupures en circulation
[modifier | modifier le code]| Valeur | Couleur dominante | Thème |
|---|---|---|
| 2 tālā | Bleu et jaune | Vie traditionnelle |
| 5 tālā | Rouge et orange | Tourisme (Matareva, Vailima) |
| 10 tālā | Bleu et vert | Sports et éducation |
| 20 tālā | Jaune et orange | Environnement |
| 50 tālā | Violet | Stabilité institutionnelle |
| 100 tālā | Vert émeraude | Patrimoine national |
Régime de change
[modifier | modifier le code]Depuis l'abandon de la parité avec le dollar néo-zélandais en 1975, le tālā évolue selon un régime de flottement administré : la Banque centrale en encadre les variations sans l'arrimer formellement à une devise étrangère[12]. Le panier de référence informel comprend principalement le dollar américain, le dollar australien et le dollar néo-zélandais, en raison des liens commerciaux et migratoires étroits qu'entretiennent les Samoa avec ces trois pays[12].
Le cours du tālā est relativement stable et oscille, depuis 2010, entre 0,38 et 0,46 dollar américain pour 1 tālā[13]. L'économie samoane reste largement dépendante des envois de fonds de la diaspora installée en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis : ces flux représentent une part importante du produit intérieur brut et soutiennent indirectement la valeur du tālā sur le marché des changes[12].
La Banque centrale publie quotidiennement les taux de change officiels du tālā contre les principales devises[14].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) « Samoan Currency in Use », sur Central Bank of Samoa (consulté le )
- (en) « Samoa Numismatic History », sur Banknote World, (consulté le )
- (en) « Brief History on the Central Bank », sur Central Bank of Samoa, (consulté le )
- (en) George S. Cuhaj, Standard Catalog of World Paper Money, Modern Issues 1961-Date, Krause Publications, , 20e éd. (ISBN 978-1-4402-4081-1[à vérifier : ISBN invalide]), Samoa
- (en) « Currency and Coinage of Samoa: Tala (meaning "dollar") and Sene (meaning "cent") », sur Exclusive Coins, (consulté le )
- ↑ (en) Tom Weir, « Natural Treasures: Samoa's Colorful Currency », Finance & Development, Fonds monétaire international, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « 2019 SAMOA new 10 tala commemorative banknote – XVI Pacific Games », sur Numismag, (consulté le )
- (en) « Samoan Commemorative Banknotes », sur Central Bank of Samoa (consulté le )
- ↑ (en) « The Central Bank of Samoa and De La Rue partner on first carbon neutral banknote to celebrate 2019 Pacific Games », sur De La Rue, (consulté le )
- (en) Jeff Starck, « Samoa celebrates women on commemorative 60-tala bank note », Coin World, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Samoa 60 Tala wins "Best Commemorative Banknote of the Year" », sur Talamua Online News, (consulté le )
- (en) « Is the WST Stable? What Investors Should Know About the Samoan Tala », sur XTransfer, (consulté le )
- ↑ (en) « The Samoan Tala (WST): Understanding its Dynamics, Functionality, and Economic Impact », sur SuperMoney, (consulté le )
- ↑ (en) « Daily Exchange Rates », sur Central Bank of Samoa (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) George S. Cuhaj, Standard Catalog of World Paper Money, Modern Issues 1961-Date, Krause Publications, , 20e éd. (ISBN 978-1-4402-4081-1[à vérifier : ISBN invalide])
- (en) Chester L. Krause et Clifford Mishler, Standard Catalog of World Coins, 1901-2000, Krause Publications, , 38e éd. (ISBN 978-1-4402-1402-7[à vérifier : ISBN invalide])
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Économie des Samoa
- Banque centrale du Samoa
- Livre des Samoa occidentales
- Liste des monnaies en circulation