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Maurice Marinot

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Maurice Marinot
Naissance
Décès
(à 77 ans)
Troyes
Nom de naissance
Georges Maurice MarinotVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Influencé par
Distinction

Maurice Marinot, né le à Troyes, où il est mort le , est un artiste peintre et artisan verrier français.

Maurice Marinot est issu d'une famille de bonnetiers. Il convainc en 1901 ses parents de l'envoyer à l'École des beaux-arts de Paris où il intègre l'atelier du peintre académique Fernand Cormon. Jugé trop original, il est bientôt renvoyé, mais continue, en l'absence de Cormon, à y venir peindre[1].

En 1905, Marinot expose ses peintures avec les Fauves au Salon des indépendants puis au Salon d'Automne.

En 1911, il visite la verrerie-cristallerie des frères Eugène et Gabriel Viard à Bar-sur-Seine. Ceux-ci mettent à sa disposition toutes les ressources de leur établissement. Ses débuts consistent à décorer d’émail des verres exécutés d’après ses dessins, en tirant parti pour cela de ses expériences picturales. En 1912, il expose ses créations à la Maison cubiste, conçue par André Mare[2]. L'année suivante, sa première exposition individuelle se tient à la galerie d'Adrien Hébrard[1].

La première guerre mondiale interrompt ses travaux verriers. De 1914 à 1917, il est soldat au Maroc, mais trouve le temps de réaliser de nombreux dessins et aquarelles[1].

Après la guerre, il retourne à Bar-sur-Seine et pratique la gravure à l’acide et la taille à la roue avant de s’initier à la pratique du verre soufflé qu'il est capable de réaliser lui-même à partir de 1923. À partir de 1927, il le traite en très forte épaisseur, et pratique le modelage à chaud de pièces épaisses et d’un seul bloc[3].

Maurice Marinot expose tous les ans ses créations à la galerie Hébrard, ainsi qu’à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, tout en s’élevant contre le terme « décoratif » : « Je m’élève contre le mot de décorateur, ma verrerie est un acte aussi gratuit que la peinture ou la sculpture[4].» De fait, indifférent envers un quelconque sujet, à l’opposé de Gallé ou de Lalique, artistes mais aussi industriels intéressés par la fabrication en série, Marinot façonne, seul, des objets uniques et parfaitement inutiles[5], qui naissent les uns des autres[6]. On estime que, dans toute sa carrière, il n’a pas produit plus de 2 500 pièces, avec une moyenne annuelle inférieure à 200, car il détruit toute pièce qui ne lui donne pas entièrement satisfaction[1].

En 1932, Marinot expose à New York dans la galerie de Joseph Brummer. Le catalogue est préfacé par Walter Pach[7].

La verrerie Viard Frères ferme en 1937. Marinot cesse le travail sur verre, mais continue à peindre. En 1944, les bombardements alliés sur Troyes frappent son atelier, détruisant une partie de ses peintures, des dessins et une grande partie de ses verreries. L'artiste poursuit son œuvre, secondé par sa fille Florence[1]. À partir de 1950, les expositions collectives commencent à reconnaître sa place dans le mouvement fauve[8] et son apport fondamental dans l'art de la verrerie[9],[7].

Marinot meurt à Troyes le 8 février 1960.

En 1939, il s'était lié d'amitié avec Pierre et Denise Levy, industriels troyens. En 1976, ce couple fait un important don de ses œuvres au musée d'art moderne de Troyes. Florence Marinot donne également une partie des œuvres de son père aux villes de Grenoble, Lille, Limoges, Lyon, Nice et Rennes. Elle fait don des archives à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie de l'Université de Paris[10].

L’œuvre picturale, éclipsée par le succès de ses verreries, est longtemps oubliée. Marinot ne l'expose plus après 1912, même s'il ne cesse jamais de peindre et de dessiner.

Lorsqu'il étudie chez Fernand Cormon, Marinot réalise des études quasiment sculpturales où le coup simplificateur du pinceau, presque à la truelle, modèle avec sobriété le sujet, sans se soucier aucunement des détails, des traits des visages et des mains et des accidents de l’environnement. Mais la substance des êtres et des choses représentées est là, comme nourrie du dedans, potelée[11].

Ses premières œuvres exposées, particulièrement colorées, le font classer parmi les Fauves, quoique leurs sujets calmes et intimistes le rapprochent des Nabis[1]. C'est un « fauve tendre[12] », son « fauvisme fractionné » pouvant tour à tour être éprouvé comme une réduction de la force brutale et libérante de la couleur dont l’espace ne serait pas contraint, et, à l’inverse, comme une appropriation sereine et mesurée du sujet, révélé dans toute sa complexité structurelle et spatiale, avec une connotation ludique[13].

Après 1911, son style pictural change radicalement et il entre dans ce qui a été nommé sa « période noire », avec des tons noirs et gris, une rugosité de contours, et des sujets limités à sa famille et à des amis proches[1]. L’amour de la matière et des beaux volumes nés de la pratique du modelage à chaud, en verrerie, l'amène à une sorte de conception sculpturale de la peinture, où sa pâte fortement maçonnée met en relief de puissants contours qui font inévitablement penser aux formes massives de ses verres. Les juxtapositions colorées, alertes et dansantes de l’intimisme joyeux ont fait place à la lumière sourde et pesante d’un intimisme plus grave. La gamme austère des œuvres de cette époque rappelle le camaïeu des cubistes, mais la pâte épaisse et luisante recèle, dans les fonds ocres, une force lumineuse contenue qui affleure dans des empâtements bistres ou rosés[3].

Une des constantes de l’œuvre picturale de Marinot est le paysage. Il s'approprie la nature d'une manière large, synthétique, presque symbolique : des masses d'arbres concentrées, puis liées entre elles par des bandes souples et neutres de terrain, de collines, de nuages auxquels répondent en les reflétant une grande plage de rivière ou de champs. Cette nature n'est pas descriptive, familière, mais plutôt incantatoire, montrant une certaine complaisance à l'égard des éléments saisis dans leur force dramatique[14]

Dans sa dernière période, Marinot réalise une série, littéralement obsessionnelle, de Soleils. Une même plaine, indécise, assiste à la trouée du ciel comme celle du feu dans le magma d’un cratère[15], ou comme la flamme du four de verrier[1].

L’œuvre de verrier de Marinot est traditionnellement découpée en quatre séries techniques successives : émail peint ; gravure à l’acide ; décor intercalaire ; modelage à chaud. Mais la richesse créative traverse de façon beaucoup moins linéaire cette évolution technique[16]. Excepté le décor à l’émail, il n’y a pas de passage strict d’une technique à une autre mais l’emploi continu de tous les procédés[17].

Dans les pièces émaillées par lesquelles il débute, Marinot substitue à l’univers précieux et pervers de salon du peintre-illustrateur, une imagerie naïve, tendre et champêtre qui ne sombre pas dans la mièvrerie, mais évoque la simplicité d’un décor archaïque[16]. Il utilise la peinture émaillée pour créer des fleurs, des oiseaux, et des figures simples et volontairement naïves, bien que ses motifs aient également un aspect géométrique[1]. Le verre et les émaux ne sont que les substituts de la toile et de la peinture. Malgré l’originalité du support, Marinot agit en dessinateur et s’attache plus au décor qu’à la matière elle-même[17].

Son style se développe à partir de la gravure à l’acide, qui lui permet d’obtenir un fort contraste entre le corps du verre et le motif gravé, ce qui l’amène à travailler avec un verre de plus en plus épais. Il est également fasciné par les bulles qui se forment dans le verre et parvient à contrôler leur taille, leur densité et leur couleur. Il réussit également à piéger des couches de verre coloré entre deux couches de verre transparent, à l’aide d’oxydes métalliques insérés dans le verre en fusion. Leur couleur semble changer selon l’intensité et l’angle d’une source lumineuse[1]. Le terme de « verre sandwich » employé par Marinot pour qualifier ce décor enfermé entre deux épaisseurs de verre transparent est explicite. Le choix éclatant des couleurs : du rouge, du blanc et du noir, montre que son œuvre verrière prolonge la période fauve de son œuvre de peintre[17].

« Marinot exploite la propriété qu’a le verre d’opérer dans sa masse qui forme lentille ou prisme, la modification du rayon : généralement sa transparence exalte la lumière, comme la flamme attise la flamme. Parfois aussi le verre l’absorbe en s’irradiant doucement, témoin ces pièces faites de deux chapes superposées, l’une, translucide, enrobant l’autre, opaque, véritable écran sur lequel se reporte, en ombres adoucies, le réseau des tailles creusées par l’acide[18]. »

Le modelage à chaud est sa dernière manière. C'est sur cette technique, qu’il commence à pratiquer en 1927, qu’il laisse le plus de notes : .« C’est la lutte entre le souffle agissant à l’intérieur et les pressions, les sollicitations des outils appliqués à l’extérieur, ces deux forces jouant alternativement[19]. » Marinot parle volontiers de sculpture à chaud. Car s'il commence par dessiner la forme qu’il souhaite réaliser, il laisse le poids et les caractéristiques de la pièce en fusion dicter une partie de la réalisation[1].

Ces verreries « ne prennent leur véritable signification que si on les considère hors de toute contingence, lorsque l’œil plonge dans la profondeur limpide où scintillent des bulles d’air ou bien se perd dans les brumes colorées qui semblent prisonnières de la masse vitrée : monde étrange et mystérieux, propre à nourrir le rêve et à exciter l’imagination, univers des mirages et des métamorphoses, où la magie du feu, s’exerçant sur quelques pauvres matières minérales, suscite une réalité dont les apparences évoquent la fluidité de l’air et de l’eau[20]. »

Œuvres en verre

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Œuvres picturales

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Les tableaux de Maurice Marinot sont présents dans les collections de plus d'une dizaine de musées en France, en Irlande, au Royaume-Uni, aux États-Unis.

  • Soleil, dernière période, Lille, palais des Beaux-Arts, Voir en ligne
  • Effet de soleil à Bréviandes, Lille, palais des Beaux-Arts, Voir en ligne

Expositions récentes

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  • Maurice Marinot, peintre et verrier, Paris, Musée de l'Orangerie, du 27 février au 21 mai 1990. Catalogue illustré, 245 pages.
  • Maurice Marinot Troyes 1882 - Troyes 1960 - Penser en verre , Musée d'Art moderne de Troyes, du au  ; catalogue illustré de 207 pages (Somogy, 2010).
  • Maurice Marinot. Il vetro, 1911-1934, Fondation Cini, du au [22].

Bibliographie

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  • Collectif, Maurice Marinot, peintre et verrier, Paris, Réunion des Musées Nationaux, , 248 p. (ISBN 978-2-7118-2336-9)
  • Guillaume Janneau, Le verre et l'art de Marinot, Paris, H. Floury, , 80 p.
  • Olivier Le Bihan, Maurice Marinot : penser en verre, Paris, Somogy Éditions d'Art, , 208 p. (ISBN 978-2-7572-0401-6)
  • Félix Marcilhac, Maurice Marinot, Catalogue raisonné de l'œuvre de verre, Éditions de l'Amateur, , 762 p. (ISBN 978-2-85917-533-7)
  • Maurice Marinot, Notes de Maurice Marinot sur la peinture et pensées, Paris, Mourlot, , 32 p.
  • Léon Rosenthal, La verrerie française depuis cinquante ans, Paris, G. Van Oest, , 47 p. lire en ligne sur Gallica
  • Marie-Cécile Forest, « Les verreries de Maurice Marinot au Musée des Beaux-Arts de Lyon », Bulletins et Cahiers des musées lyonnais, vol. 1, (lire en ligne)
  • Rossella Froissart, « Maurice Marinot, artisan et démiurge de la matière », dans Jean-Luc Olivié, Cristina Beltrami, Maurice Marinot. Il vetro 1911-1934, Skira, (lire en ligne)
  • (en) Wanda Ryan-Smolin, « Marinot Glass in Ireland », Irish Arts Review Yearbook, vol. 9, (lire en ligne)
  • Madeleine Vincent, « Les œuvres de Maurice Marinot au Musée des Beaux-Arts », Bulletins et Cahiers des musées lyonnais, vol. 3.1, (lire en ligne)

Vidéographie

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Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Ryan-Smolin 1993.
  2. La façade est de Raymond Duchamp-Villon, la décoration intérieure est de Mare, les peintures de Fernand Léger, Albert Gleizes et Jean Metzinger, les vases, carafes et bouteilles de Marinot.
  3. 1 2 Vincent 1966.
  4. Catalogue de la Donation Florence Marinot, Rouen, 1985, cité dans Ryan-Smolin 1993
  5. Froissart 2019.
  6. Jean-Luc Olivié, Maurice Marinot : l’œuvre en verre, dans Collectif 1990, p. 31
  7. 1 2 Collectif 1990, p. 70.
  8. Paris, Musée national d'Art moderne, 1951 et 1966
  9. L'Art du verre, Paris, Musée des Arts décoratifs, 1951.
  10. « Fonds Maurice Marinot », sur www.calames.abes.fr
  11. Victor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans Collectif 1990, p. 21
  12. Expression de Jean-Jacques Lerrant, dans son compte-rendu de l’exposition Marinot (Musée de Lyon, 1965), citée par Vincent 1966
  13. Victor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans Collectif 1990, p. 23
  14. Victor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans collectif 1990, p. 21 et 29
  15. Victor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans Collectif 1990, p. 29
  16. 1 2 Jean-Luc Olivié, Maurice Marinot : l’œuvre en verre, dans Collectif 1990, p. 33-34
  17. 1 2 3 Forest 1992.
  18. Janneau 1925, cité par Michel Hoog, Marinot chez Claude Monet, dans Collectif 1990, p. 13
  19. Cité par Forest 1992
  20. René Jullian, Le Chemin de Marinot, catalogue de l’exposition au Musée de Lyon, 1965, cité par Michel Hoog, Marinot chez Claude Monet, dans Collectif 1990, p. 15
  21. René Jullian, Catalogue de l'exposition au Musée de Lyon, 1965. Cité par Vincent 1966
  22. (it) « Maurice Marinot. Il vetro, 1911-1934 », sur Fondazione Giorgio Cini