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Lac Supérieur

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Lac Supérieur
(gichi-gami)
Image illustrative de l’article Lac Supérieur
Carte
Administration
Pays Drapeau du Canada Canada,

Drapeau des États-Unis États-Unis

Subdivision Michigan, Ontario, Wisconsin et MinnesotaVoir et modifier les données sur Wikidata
Fait partie de Grands Lacs, frontière entre le Canada et les États-Unis et Lake Superior region (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Coordonnées 47° 42′ N, 87° 30′ O
Type Lac d'eau douce
Origine Lac glaciaire
Superficie 82 350 km2
Longueur 563 km
Largeur 257 km
Périmètre 4 393 km
Altitude 183 m
Profondeur
 · Maximale
 · Moyenne

406 m
148,5 m
Volume 12 232 km3
Hydrographie
Bassin versant 127 686[Lien 1] km2
Alimentation Rivière Nipigon, Saint-Louis, Pigeon, Pic, White (en), Rivière Michipicoten, Kaministiquia, Montreal, Agawa, Ontonagon, Tahquamenon Rivers
Émissaire(s) Rivière Sainte-Marie
Durée de rétention 191 ans[note 1]
Îles
Île(s) principale(s) Isle Royale, îles des Apôtres, Michipicoten Island, Grand Island, Slate Islands
Géolocalisation sur la carte : Canada
(Voir situation sur carte : Canada)
Lac Supérieur
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Lac Supérieur
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Lac Supérieur

Le lac Supérieur est un lac situé au centre de l'Amérique du Nord. Il est le plus grand, le plus septentrional, le plus occidental et le plus élevé des Grands Lacs. Il s'étend de part et d'autre de la frontière canado-américaine, bordé par la province canadienne de l'Ontario au nord et à l'est, et par les états américains du Minnesota à l'ouest, du Michigan et du Wisconsin au sud[Lien 2]. C'est le plus grand lac d'eau douce au monde par sa superficie et le troisième par son volume[Presse 1]. Ses eaux se déversent dans le lac Huron par la rivière Sainte-Marie, puis, à travers les Grands Lacs inférieurs, dans le fleuve Saint-Laurent et enfin dans l'océan Atlantique.

Le nom ojibwé du lac est gichi-gami (en syllabique : ᑭᒋᑲᒥ, prononcé gitchi-gami ou kitchi-gami dans différents dialectes). Cela signifie « grande mer ». Henry Wadsworth Longfellow a transcrit ce nom en « Gitche Gumee (la grande mer scintillante) » dans le poème Le Chant de Hiawatha (1855)[Lien 3], tout comme Gordon Lightfoot dans sa chanson « Le Naufrage de l'Edmund Fitzgerald ».

Selon d'autres sources, le nom ojibwé complet est ᐅᒋᑉᐧᐁ ᑭᒋᑲᒥ Ojibwe Gichigami (« La Grande Mer d'Ojibwe ») ou ᐊᓂᐦᔑᓈᐯ ᑭᒋᑲᒥ ᑭᒋᑲᒥ Anishinaabe Gichigami (« La Grande Mer des Anishinaabe »)[1],[Presse 2]. Le dictionnaire de 1853 du père Frédéric Baraga, le premier écrit pour la langue ojibwée, donne le nom ojibwé Otchipwe-kitchi-gami (une translittération de Ojibwe Gichigami)[Lien 3].

Au XVIIe siècle, les premiers explorateurs français s'approchent de cette grande mer intérieure par la rivière des Outaouais et le lac Huron. Ils désignent leur découverte sous le nom de lac Supérieur, parce que son altitude est supérieure à celle du lac Huron. Certains missionnaires jésuites du XVIIe siècle l'appellent lac Tracy (pour Alexandre de Prouville de Tracy). Dans les années 1760, après la chute de Québec et suite à leur victoire lors de la guerre de Sept Ans, les Britanniques prennent le contrôle de la région[2]. Ils anglicisent le nom du lac en Superior, « en raison de sa taille supérieure à celle de tous les lacs de ce vaste continent »[Presse 3].

La plus grande partie du lac Supérieur se trouve dans le bassin du rift du Midcontinent.

Les roches de la rive nord du lac Supérieur remontent aux premiers temps de l'histoire de la Terre. Elles datent du Précambrien (entre 4,5 milliards d'années et 540 millions d'années), le magma, en remontant à la surface, a créé les granites intrusifs du Bouclier canadien[3]. Ces granites anciens sont encore visibles aujourd'hui sur la rive nord du lac. C'est lors de l'orogenèse pénokéenne, qui a contribué à la formation de la zone tectonique des Grands Lacs, que de nombreux métaux précieux se sont déposés. La région entourant le lac s'est révélée riche en minéraux, le cuivre, le fer, l'argent, l'or et le nickel étant les plus fréquemment exploités. Parmi les productions notables, citons l'or de la mine Hemlo près de Marathon (Ontario), le cuivre de la péninsule de Keweenaw et de la formation de Mamainse Point, le fer de la chaîne Gogebic, l'argent de Silver Islet et l'uranium de Theano Point[4].

L'érosion progressive des montagnes a entraîné le dépôt de couches de sédiments qui, en se compactant, ont formé du calcaire, de la dolomie, de la taconite et du schiste aux chutes Kakabeka. La croûte continentale s'est ensuite fracturée, créant l'un des rifts les plus profonds au monde[Lien 4]. Le lac se situe dans cette ancienne vallée de rift mésoprotérozoïque, le rift du Midcontinent. Du magma s'est injecté entre les couches de roches sédimentaires, formant des filons-couches de diabase. Cette diabase dure protège les couches de roches sédimentaires sous-jacentes, formant ainsi les mesas à sommet plat de la région de Thunder Bay (Ontario). De l'améthyste s'est formée dans certaines des cavités créées par le rift du Midcontinent, et plusieurs mines d'améthyste sont exploitées dans la région de Thunder Bay[Lien 5].

Colonnes de basalte le long du la Supérieur.

La lave jaillie de la faille a formé la roche basaltique noire de l'île Michipicoten, de la péninsule de Black Bay, de l'île Saint-Ignace et de l'île Royale[Lien 6].

Au cours de l'histoire géologique la plus récente, lors de la glaciation du Wisconsin, il y a 10 000 ans, la glace recouvrait la région sur une épaisseur de 2,01 km (1,25 mi). Les contours du terrain que nous connaissons aujourd'hui ont été sculptés par l'avancée et le retrait de la calotte glaciaire[5]. Le retrait a laissé des dépôts de gravier, de sable, d'argile et de blocs. Les eaux de fonte glaciaire se sont accumulées dans le bassin du lac Supérieur, créant le lac Minong, précurseur du lac Supérieur. Libéré du poids immense de la glace, le terrain a rebondi et un exutoire s'est formé à Sault-Sainte-Marie, devenant l'actuelle rivière Sainte-Marie.

Province du Lac Supérieur

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Le toponyme du lac Supérieur a été retenu également pour désigner la province géologique du Lac Supérieur qui est une des provinces géologiques du bouclier canadien. Aussi dite la « province du Supérieur », elle occupe une superficie de 2 000 000 km2, et sa création remonte à l'Archéen supérieur (ou Néoarchéen) (de 2,5 à 2,8 milliards d'années)[6].

La province du Supérieur coiffe la rive nord du lac Supérieur, et occupe la majeure partie de la surface de l'Ontario. Elle s'étend vers l'est sur une large partie du Québec et vers l'ouest sur une portion du Manitoba. Les provinces géologiques qui lui sont adjacentes sont à l'ouest la Plate-forme de l'Intérieur, au nord la province de Churchill et la plate-forme de la baie d'Hudson, au nord-est de nouveau la province de Churchill, au sud-est la province de Grenville, et au sud la province du Sud[Lien 7].

Géographie

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Le lac Supérieur vu de l'ISS ()

Le lac Supérieur a une superficie de 82 103 km2 (31 700 mi2)[Lien 1], soit approximativement la superficie de l'Autriche. Il est partagé entre, au nord, le Canada (28 750 km2[Lien 8]), dont il baigne la province de l'Ontario[note 2], et, au sud, les États-Unis (53 350 km2), à savoir les états du Minnesota, du Wisconsin et du Michigan.

Longueur et largeur

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Sa longueur maximale est de 563 km (304 nmi) et sa largeur maximale de 257 km (139 nmi)[7].

Le lac compte 4 393 km de rivages, y compris ses îles. La plus grande île du lac Supérieur est l'îsle Royale, dans le Michigan. Cette île, désignée réserve internationale de la biosphère par l’UNESCO, comprend plusieurs lacs, dont certains abritent également des îles. Citons parmi les autres îles célèbres, l'île Madeline dans le Wisconsin, l'île Michipicoten en Ontario et l'île Grand Island dans le Michigan.

Carte bathymétrique du lac Supérieur. Le point le plus profond, au large de sa côte sud-est, est marquée d'un "×". Les profondes tranchées de sa partie orientale pourraient provenir de vallées souterraines.

Profondeur et volume d'eau

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Sa profondeur moyenne est de 147,2 m (483 pi) et sa profondeur maximale de 406 m (1 332 pi)[Lien 1],[7],[8]. Le lac Supérieur contient 12 100 km3 (2 903 mi3) (12 100 milliards de mètres cubes) d'eau[Lien 1], soit 10 % de l'eau douce libre de surface de la Terre, suffisamment pour recouvrir toute la masse terrestre de l'Amérique du Nord et du Sud sur une profondeur de 30 cm (12 po)[note 3].

En raison de son volume, le lac Supérieur a une durée de rétention de 191 ans, qui correspond à un apport moyen de 2 030 m3/s.[7],[note 1],[Lien 9],[Lien 10]

Le , dans le cadre d'une expédition scientifique, le limnologue américain J. Val Klump (en) est la première personne à atteindre la profondeur minimale du lac Supérieur. Avec 223 m (732 pi) sous le niveau de la mer, c'est le deuxième point le plus bas de l'intérieur du territoire continental des États-Unis et le troisième point le plus bas de l'intérieur du continent nord-américain, après le Grand lac des Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada (458 m (1 503 pi) sous le niveau de la mer) et le lac Iliamna en Alaska (287,12 m (942 pi))[note 4].

La taille du lac Supérieur atténue les variations saisonnières de son climat continental humide (plus typique de régions comme la Nouvelle-Écosse)[Presse 4]. La surface de l'eau réagit lentement aux variations de température, oscillant saisonnièrement entre 0 °C (32 °F) et 13 °C (55 °F) vers 1970[Lien 11]. Cela contribue à modérer les températures de l'air environnant en été (plus fraîches grâce aux fréquentes brises marines) et en hiver, et à provoquer des chutes de neige dues à l'effet de lac durant les mois les plus froids. Les collines et les montagnes qui bordent le lac retiennent l'humidité et le brouillard, notamment en automne[9].

Hydrographie

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Lac d'eau douce

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Le lac Supérieur est le plus vaste lac d'eau douce au monde par sa superficie et le troisième par son volume, après le lac Baïkal en Sibérie (23 600 km3 d'eau) et le lac Tanganyika en Afrique de l'Est[note 5].

Le bassin versant du lac Supérieur.

Le lac Supérieur est alimenté par plus de 200 rivières, dont la Nipigon, la Saint-Louis, la Pigeon, la Pic, la White (en), la Michipicoten, la Bois Brule (en) et la Kaministiquia.

Le lac présente un rapport très faible (1,55) entre la superficie de son bassin versant et sa superficie totale, ce qui indique une influence terrestre minimale[Presse 5].

Son émissaire vers le lac Huron est la rivière Sainte-Marie. Elle présente une pente relativement abrupte et des rapides. Les écluses de Sault-Sainte-Marie permettent aux navires de contourner ces rapides et de franchir le déversoir de 7,7 m (25 pi) de différence de hauteur entre les deux lacs.

Accumulation de glace en hiver, sur le littoral sud (Minnesota).

Température de l'eau

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Bien que la température de la surface du lac Supérieur varie selon les saisons, la température en dessous de 200 m (656 pi) est presque constante et égale à 4 °C (39 °F). Cette variation de température rend le lac stratifié de façon saisonnière. Cependant, deux fois par an, la colonne d'eau atteint la température uniforme de 4 °C (39 °F) de la surface au fond, et les eaux du lac se mélangent complètement. Cette caractéristique confère au lac un caractère dimictique.

Niveaux d'eau

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L'altitude moyenne de la surface du lac est de 183 m (600 pi)[Lien 9],[7] au-dessus du niveau de la mer.

Constructions d'ouvrages

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Jusqu'en 1887 environ, le débit sortant du lac Supérieur était déterminé par la force hydraulique naturelle des rapides de la rivière Sainte-Marie. La Commission mixte internationale crée en 1914 le Conseil international de contrôle du lac Supérieur, chargé de réguler les niveaux d'eau, y compris les prélèvements d'eau du bassin versant de la baie d'Hudson. Depuis 1921, le développement des infrastructures de transport et de production d'énergie hydroélectrique entraîne la construction de portes, d'écluses, de canaux d'amenée et d'autres ouvrages de régulation enjambant entièrement les rapides de la rivière Sainte-Marie. Ces ouvrages de régulation, connus sous le nom d'ouvrages de compensation, sont exploités conformément au plan de régulation 1977-A, puis au Plan 2012[Lien 12].

Variations et records

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Le niveau d'eau du lac fluctue d'un mois à l'autre, les niveaux les plus élevés étant observés en octobre et en novembre. La marque normale des hautes eaux est 0,357 m (1,17 pi) au-dessus du point de référence (183,22 m (601,1 pi)). Lors de l'été 1985, le lac Supérieur atteint son niveau le plus élevé jamais enregistré, à 0,71 m (2,3 pi) au-dessus du niveau de référence[10]. En 2019 et 2020, de nouveaux records de crue sont établis presque chaque mois[10].

Le niveau le plus bas du lac est généralement atteint en mars et en avril. Le niveau normal des basses eaux est 0,10 m (0,33 pi) sous le niveau de référence. Durant l'hiver 1926, le lac Supérieur atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, à 0,482 m (1,58 pi) en dessous du niveau de référence[10]. De plus, durant tout le premier semestre de l'année, des records mensuels de bas niveaux d'eau sont enregistrés. Ce faible niveau d'eau est la conséquence de la baisse du niveau du lac amorcée l'année précédente. En effet, 1925 avait établi des records de basses eaux d'octobre à décembre. Au cours des neuf mois allant d' à , les niveaux d'eau ont varié de 0,482 m (1,58 pi) à 0,10 m (0,33 pi) sous le zéro hydrographique[10].

Durant l'été 2007, des records mensuels de basses mers du lac Supérieur sont établis : en août, à 0,20 m (0,66 pi) et en septembre à 0,177 m (0,58 pi), légèrement inférieur au précédent record de 1926[10],[Presse 6]. Les niveaux d'eau se rétablissent en quelques jours[Lien 13].

Les tempêtes annuelles sur le lac Supérieur se caractérisent régulièrement par des vagues de plus de 6,1 m (20 pi)[Lien 14]. Des vagues bien supérieures à 9 m (30 pi) ont été enregistrées[11].

Histoire et populations

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Pictogrammes d'Agawa au parc provincial du Lac-Supérieur (Ontario)[Lien 15].

Premiers peuples

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Les premiers peuples sont arrivés dans la région du lac Supérieur il y a 10 000 ans, après le retrait des glaciers lors de la dernière période glaciaire. Connus sous le nom de Plano, ils utilisaient des lances à pointe de pierre pour chasser le caribou sur la rive nord-ouest du lac Minong. Les peuples de la période archaïque du Bouclier sont arrivés vers . Des vestiges de cette culture se trouvent aux extrémités est et ouest de la rive canadienne. Ils utilisaient des arcs et des flèches, naviguaient en pirogue, pêchaient, chassaient, extrayaient le cuivre pour fabriquer des outils et des armes, et avaient établi des réseaux commerciaux. On pense qu’ils sont les ancêtres directs des Ojibwés et des Cris. Les peuples du complexe de Laurel (environ de à ) ont développé la pêche au filet senne, dont des traces ont été retrouvées dans des rivières autour du lac Supérieur, comme la Pic et la Michipicoten. Les populations de la période terminale du Sylvicole étaient présentes dans la région entre et . Il s'agissait de peuples algonquiens qui chassaient, pêchaient et cueillaient des baies. Ils utilisaient des raquettes, des canots d'écorce de bouleau et des huttes coniques ou en forme de dôme. À l'embouchure de la rivière Michipicoten, neuf strates de campements ont été découvertes. La plupart des fosses de Pukaskwa ont probablement été creusées durant cette période[12].

Le peuple Anishinaabe (un groupe ethnique comprenant les Ojibwés/Chippewas ) habite la région du lac Supérieur depuis plus de cinq siècles et a été précédé par les Dakotas, les Meskwakis (Renards), les Menominees, les Nipigons, les Noquets et les Gros Ventres.

Arrivée des Européens

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Carte historique du lac Supérieur et du nord du Michigan, publiée en 1879 par Rand McNally.
Le grand hall reconstruit au Monument national de Grand Portage (Minnesota).
Le lac Supérieur, par Walter Shirlaw

Jean Nicolet est le premier Européen à voir ce lac[13] lors de son voyage de 1621-1623[14],[note 6]. Après l'arrivée des Européens, les Anishinaabe se sont positionnés comme intermédiaires entre les trappeurs français et les autres peuples autochtones. Ils sont rapidement devenus la nation amérindienne dominante de la région : ils ont chassé les Sioux et les Renards et ont remporté une victoire contre les Iroquois à l'ouest de Sault-Sainte-Marie en 1662. Au milieu du XVIIIe siècle, les Ojibwés occupaient toutes les rives du lac Supérieur.

Au XVIIIe siècle, alors que le commerce florissant des fourrures approvisionne l'Europe en chapeaux de castor (en), la Compagnie de la Baie d'Hudson détient un quasi-monopole dans la région jusqu'en 1783, date de la création de sa rivale, la Compagnie du Nord-Ouest. Cette dernière construit des forts sur le lac Supérieur, notamment à Grand Portage, Fort William, Nipigon, sur la rivière Pic, sur la rivière Michipicoten et à Sault-Sainte-Marie. Mais dès 1821, la concurrence nuisant aux profits des deux compagnies, elles fusionnent pour former la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Les traités Robinson (1850)

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En 1850, les Anishinaabe signent avec les Britanniques les traités Robinson-Supérieur et Robinson-Huron, relatifs à l'exploitation des gisements de minerais. Par ces traités, les Anishinaabe cèdent environ 400 milles de leurs terres contre une rente indexable. Cette rente n'ayant plus bougé après 1875, les nations premières réclament en 2019 une augmentation de la rente et une indemnisation rétroactive. En 2023, le gouvernement canadien signe avec les Anishinaabe du lac Huron un accord à hauteur de 10 milliards de dollars pour la compensation des 148 années passées[Lien 17]. En , la Cour suprême du Canada conclut que la couronne britannique a violé les deux traités, mais ne se prononce pas sur le montant de l’indemnisation ni sur le montant des rentes[Lien 18],[Lien 19].

"Ice blockade in Marquette Harbor, June 1873" (Blocus de glace dans le port de Marquette en juin 1873), photo stéréoscopique
L'Independence

Depuis ces traités

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De nombreux minerais autour du lac Supérieur sont exploités, notamment le cuivre (péninsule de Keweenaw et formation de Mamainse Point), le fer (chaîne Gogebic), l'argent (Silver Islet), l'or (mine Hemlo près de Marathon (Ontario)), l'uranium (Theano Point) et le nickel[4].

Plusieurs mines d'améthyste sont également exploitées dans la région de Thunder Bay[Lien 5].

De nombreuses villes autour du lac Supérieur sont d'anciennes ou actuelles zones minières, ou encore des entreprises de transformation ou d'expédition : les ports jumeaux de Duluth (Minnesota) et Superior (Wisconsin), Thunder Bay (Ontario), Marquette (Michigan) et les villes jumelles de Sault Sainte-Marie (Michigan) et Sault-Sainte-Marie (Ontario). Duluth-Superior (en), à l'extrémité ouest du lac Supérieur, est le point le plus à l'intérieur des terres sur la voie maritime du Saint-Laurent et le port le plus intérieur au monde.

Le développement du transport maritime sur le lac Supérieur est lent au XIXe siècle. Le premier bateau à vapeur à naviguer sur le lac est l'Independence (en) en 1847, tandis que les premiers bateaux à vapeur sur les autres Grands Lacs ont commencé à naviguer en 1816[15],[16].

Le phare de l'île de Granite Island (Michigan).
Une entrée gelée du port de Duluth
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Le lac Supérieur constitue un maillon essentiel des voies navigables des Grands Lacs, permettant le transport de minerai de fer, des céréales et d'autres matières premières extraites des mines ou transformées. De grands cargos, appelés navires lacustres, ainsi que des cargos océaniques plus petits, transportent ces marchandises à travers le lac Supérieur.

La navigation sur le lac est interrompue par la glace de la mi-janvier à la fin mars. Les dates exactes de la saison de navigation varient chaque année[Lien 20],[Lien 21], en fonction des conditions météorologiques qui entraînent la formation et la rupture de la glace.

Navires en construction en 1918 à Fort-Williams

La rive sud du lac Supérieur, entre Grand Marais (Michigan) et Whitefish Point, est surnommée le « Cimetière des Grands Lacs ». C’est dans la région de Whitefish Point que l’on a recensé le plus grand nombre de naufrages sur le lac Supérieur[17]. Ces épaves sont aujourd’hui protégées par la réserve sous-marine de Whitefish Point. Parmi les tempêtes ayant entraîné la perte de nombreux navires, citons la tempête Mataafa (en) en et la tempête des Grands Lacs de 1913.

L'épave du SS Cyprus (en), minéralier de 130 m (427 pi), qui a coulé le lors d'une tempête sur le lac Supérieur, a été localisée par 140,2 m (460 pi) de fond en . Le Cyprus, construit à Lorain (Ohio), lancé le , coula lors de son deuxième voyage, transportant du minerai de fer de Superior (Wisconsin) à Buffalo (New York). Charles G. Pitz fut le seul survivant des 23 membres d'équipage[Presse 7].

L'Inkerman et le Cerisoles

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Le , dans la tempête qui sévit, deux chalutiers armés français de la classe Navarin, construits à Fort William en Ontario, l'Inkerman et le Cerisoles, traversent le lac Supérieur pour rejoindre la France. Ils disparaissent sans laisser de trace, probablement après avoir heurté le dangereux banc du Supérieur (en), pourtant situé dans une zone profonde du lac[Presse 8]. La perte des 78 membres d'équipage est la plus grande en vies humaines jamais enregistrée sur le lac Supérieur.

Le Edmund Fitzgerald

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Le SS Edmund Fitzgerald est le dernier navire à avoir coulé dans le lac Supérieur, à 15 nmi (28 km) de Whitefish Point lors d'une tempête le . Ce naufrage est immortalisé par Gordon Lightfoot dans sa ballade « The Wreck of the Edmund Fitzgerald ». Les 29 membres de l'équipage ont péri, et aucun corps ne fut retrouvé. Le Edmund Fitzgerald a été si violemment secoué par le lac Supérieur que le navire de 222,2 m (729 pi), chargé de minerai de fer, s'est brisé en deux. Ses deux morceaux reposent à environ 52 m (171 pi) de distance à une profondeur de 161,5 m (530 pi)[Lien 22].

Lightfoot chante que « Superior, disaient-ils, ne rend jamais ses morts »[18]. Ceci est dû à la température inhabituellement basse de l'eau, inférieure à 2 °C (36 °F) en moyenne vers 1970[Lien 11]. Normalement, les bactéries décomposant un corps immergé le gonflent de gaz, ce qui le fait remonter à la surface après quelques jours. Mais l'eau du lac Supérieur est suffisamment froide toute l'année pour inhiber la croissance bactérienne, et les corps ont tendance à couler et à ne jamais refaire surface. Joe MacInnis (en) rapporte qu'en , l'expédition 94 de l'explorateur Frederick Shannon, menée sur l'épave de l'Edmund Fitzgerald, a découvert le corps d'un homme près du côté bâbord de la timonerie, non loin de la porte ouverte, « entièrement vêtu, portant un gilet de sauvetage orange et gisant face contre terre dans les sédiments »[19].

Le SS Arlington

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En , il a été annoncé que des débris du SS Arlington, qui a coulé en 1940, avaient été découverts[Lien 23].

Rivage rocheux, Parc national de Neys (en), Ontario[Lien 24]
Pictured Rocks National Lakeshore, Michigan

La région, avec un habitat dispersé autour du lac, attire vacanciers et aventuriers par ses rivages escarpés, ses étendues sauvages et ses paysages austères. L'exploitation de ce phénomène représente, aujourd'hui, un secteur important de son économie.

Parmi les sites pittoresques du lac, on trouve les parcs nationaux des îles des Apôtres, des Pictured Rocks, de Pukaskwa, de l'Îsle Royale, le parc d'État des monts Porcupine, le parc provincial du Lac Supérieur, Sleeping Giant (Ontario), la route de Brockway Mountain sur la péninsule de Keweenaw et la zone de loisirs de Grand Island (en).

Le circuit du lac Supérieur fait 2 902 km[Lien 15]. Le circuit des Grands Lacs (en) est un réseau routier panoramique balisé reliant tous les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent[Lien 25].

Plus de 80 espèces de poissons ont été recensées dans le lac Supérieur. Parmi les espèces indigènes, on trouve le fondule barré, le grand corégone, le Coregonus hoyi, le cisco, l'omble de fontaine, la lotte, l'esturgeon jaune, le touladi, le meunier rouge, le meunier noir, le maskinongé, le grand brochet, le crapet-soleil, le crapet de roche, le ménomini rond, l'achigan à petite bouche, le doré jaune et la perchaude.

Comme pour les autres Grands Lacs, ces populations ont été affectées par l'introduction, accidentelle ou intentionnelle, d'espèces étrangères : le saumon atlantique, le saumon royal, le saumon coho, le Saumon rose à bosse, la truite brune, la carpe, le malachigan, l'éperlan arc-en-ciel, la truite arc-en-ciel, le gobie à taches noires, la grémille, la lamproie marine et la perche blanche[Lien 26],[20]. Les introductions accidentelles sont dues en partie à la suppression des barrières naturelles à la navigation entre les Grands Lacs.

En comparaison des autres Grands Lacs, le lac Supérieur contient moins de nutriments dissous par rapport à son volume d'eau et, de ce fait, sa productivité piscicole est moindre : c'est un lac oligotrophe. Ceci est dû à la faible formation des sols de son bassin versant relativement restreint[Lien 9]. Cela reflète également la faible densité de population humaine et le faible niveau d'agriculture dans ce bassin.

La surpêche a également contribué au déclin des populations de poissons[Lien 2].

Le lac Supérieur est le plus propre des Grands Lacs, mais il est en danger.

L'exploitation des ressources minières a été source de diverses pollutions. Les organisations gouvernementales ont dans leur programme d'actions le traitement des sédiments contaminés[Lien 27],[21].

Les concentrations de nitrates dans le lac augmentent continuellement depuis plus d'un siècle. Bien que restant très inférieure aux seuils considérés comme dangereux pour la santé humaine, cette augmentation constante sur une longue période constitue un phénomène inhabituel d'accumulation d'azote dans l'environnement. Elle pourrait être liée à des modifications anthropiques du cycle régional de l'azote, mais les chercheurs ignorent encore les causes de cette modification de l'écologie du lac[Presse 9].

Les organisations gouvernementales cherchent aussi à lutter contre les espèces invasives[Lien 28]. Outre les poissons déjà cités, les moules introduites par les navires qui, en surnombre, détruisent le plancton[Presse 2].

Malgré la distance le séparant des océans et sa population moins dense[22], les microplastiques contaminent les Grands Lacs[Lien 29]

Changement climatique

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Le réchauffement climatique

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Selon une étude menée par des professeurs de l'Université du Minnesota à Duluth, le lac Supérieur se serait réchauffé plus rapidement que la région environnante[Presse 10]. Les températures estivales de la surface du lac auraient augmenté d'environ 2,5 °C (36,5 °F) entre 1979 et 2007, contre environ 1,5 °C (34,7 °F) d'augmentation de la température moyenne de l'air ambiant. Cette hausse de la température de surface du lac pourrait être liée à la diminution de la couverture de glace. Une couverture de glace hivernale réduite permet à un plus grand rayonnement solaire de pénétrer et de réchauffer l'eau. Si les tendances actuelles se maintiennent, le lac Supérieur, qui gèle complètement environ tous les 20 ans, pourrait être libre de glace de façon systématique d'ici 2040[Presse 11], bien que des données plus récentes, jusqu'en 2021, ne confirment pas cette hypothèse[Lien 30].

Des tempêtes plus violentes et plus fréquentes

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Le réchauffement climatique pourrait entraîner une augmentation des chutes de neige dans les zones côtières affectées par l'effet de lac, notamment dans la péninsule supérieure du Michigan. Deux hivers consécutifs récents (2013-2014 et 2014-2015) se sont caractérisés par une importante couverture de glace sur les Grands Lacs. Le , cette couverture atteint un pic de 92,5 %, le deuxième plus élevé jamais enregistré[Lien 31]. En 2016, une tempête a coupé le courant électrique qui fait marcher le système d’eau potable de Duluth[Presse 2]. En 2019, la couverture de glace du lac Supérieur a encore dépassé ce record, atteignant 95 %. Toujours en 2019, en raison de fortes pluies printanières, le lac Supérieur a connu des niveaux record, et la région des Grands Lacs a subi de vastes inondations[Presse 2]. Ces tempêtes plus violentes et plus fréquentes interrogent les chercheurs[Lien 32].

Nouvelles menaces

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En 2024, des proliférations d'algues apparaissent dans le lac Supérieur[Lien 33], pouvant entraîner un déséquilibre.

  1. a et b En comparaison, la période de rétention du lac Érié est de 2,6 années, celle du lac Ontario sur 6 ans, celle du lac Huron 22 ans, et 99 ans pour le lac Michigan. Le lac Supérieur ne renouvelle que très lentement son volume d'eau, ce qui lui confère un net désavantage dans sa lutte contre les contaminants.
  2. Le lac Supérieur est au deuxième rang des superficies lacustres canadiennes après le lac Huron).
  3. L'Amérique du Nord (2,47 × 107 km2) et l'Amérique du Sud (1,78 × 107 km2) couvrent ensemble 4,26 × 107 km2. Le volume du lac Supérieur (1,20 × 104 km3), soit une profondeur de 0,282 m sur 4,26 × 107 km2.
  4. Le lac Crater est plus profond que le lac Supérieur, mais son altitude est plus élevée et sa profondeur maximale est 1 289 m (4 229 pi) au-dessus du niveau de la mer.
  5. La mer Caspienne, bien que plus grande que le lac Supérieur en superficie et en volume, contient de l'eau saumâtre. Le lac Michigan-Huron a une superficie plus grande que le lac Supérieur, mais ils sont considérés comme deux lacs séparés.
  6. Etienne Brûlé l'a peut-être vu auparavant, mais il n'en a laissé aucune trace[Lien 16].
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Références

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Articles de presse

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes complémentaires

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