Aller au contenu

Berghouata

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Royaume des Berghouata
ⵜⴰⴳⵍⴷⵉⵜ ⵏ ⵉⴱⵔⵖⵡⴰⵟⵏ

744–1058

Description de cette image, également commentée ci-après
La confédération Berghouata (bleu).
Informations générales
Statut Monarchie
Confédération tribale (29 tribus)
Langue(s) Berbère masmoudien
Religion Officielle : monothéisme berbère
(adoptée par 12 tribus)
Autre : Islam (kharidjite)
(adoptée par 17 tribus)
Histoire et événements
744 Établissement
1058 Annexion par les Almoravides

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Afrique du Nord-Ouest, vers 800-900

Les Berghouata (ou Barghwata) sont une confédération tribale berbère sur la côte atlantique du Maroc, appartenant à la confédération Masmouda[1].

Les Berghouata établirent un État indépendant dans la région de Tamesna sous la direction de Tarif al-Matghari, après s'être alliés à la révolte berbère sufrite kharijite au Maroc contre le califat omeyyade.

Étymologie

[modifier | modifier le code]

Certains historiens pensent que le terme Berghouata est une déformation phonétique du terme Barbati, un surnom que portait Tarif al-Matghari. On pense qu'il est né dans la région de Barbate, près de Cadix en Espagne[2]. Cependant, Jérôme Carcopino et d'autres historiens pensent que le nom est beaucoup plus ancien et la tribu est la même que celle que les Romains appelaient Baquates, qui vivaient jusqu'au viie siècle, près de Volubilis[3].

Le royaume des Barghawata pratiquait une religion berbère monothéiste centrée sur le culte de Yakush (ou Yush), qui associait des croyances berbères autochtones à des éléments de l'islam, notamment la reconnaissance de la prophétie de Mahomet ainsi que de plusieurs figures bibliques[4].

Selon les sources médiévales, Salih ibn Tarif affirma avoir reçu une écriture sacrée révélée par Yakush. Ce texte se composait de 80 chapitres, bien que pratiquement rien de son contenu n'ait été conservé, à l'exception des titres de quelques chapitres, tels que la Sourate de Yunus. Al-Bakri le décrit comme un mélange de récits historiques et de lois religieuses[4].

Al-Bakri rapporte également certains aspects du culte barghawata. Lors de la prière, les fidèles plaçaient une main sur l'autre et commençaient par l'invocation berbère médiévale a bis(a)m an Yakūš (« Au nom de Dieu »), suivie de muqqar Yakūš (« Dieu est Grand »). Ils récitaient ensuite la moitié de leur texte sacré avant de proclamer : « Dieu est au-dessus de nous ; rien sur la terre ni dans le ciel ne Lui est caché. » Ils répétaient ensuite vingt-cinq fois Dieu est Grand, puis autant de fois īḥan Yaqūš (« Dieu est Unique »). La prière s'achevait par war dā am Yakūš, signifiant : « Il n'y a nul semblable à Dieu. »[5]

Al-Bakri rapporte en outre que la loi religieuse des Barghawata autorisait la polygamie sans limitation et le divorce sans restriction, tout en interdisant les unions entre parents jusqu'au troisième degré de cousinage ainsi que les mariages avec des étrangers, en particulier les Arabes. Il mentionne également plusieurs interdits religieux distinctifs, notamment la consommation d'œufs, de têtes d'animaux et de poissons qui n'avaient pas été abattus rituellement. Le poulet était considéré comme impur et ne pouvait être consommé qu'en période de famine[4].

Concernant le droit pénal, Al-Bakri indique que les voleurs et les adultères étaient punis de mort, tandis que les menteurs étaient condamnés à l'exil. Il rapporte également que le prix du sang (diyya) fixé pour un homicide était de cent vaches pour une vie humaine[4].

Il est possible que les Barghawata aient eu des origines judéo-berbères, bien que les récits faisant état de tribus berbères entières pratiquant le judaïsme soient plus tardifs et considérés comme peu fiables[6].

Peu de détails sont connus sur les Berghouatas. La plupart des sources historiques sont largement postérieures à leur règne et présentent souvent un contexte historique contradictoire et confus. Cependant, une tradition semble plus intéressante. Elle vient de Cordoue, en Espagne et son auteur est Abu Salih Zammur le grand prieur des Berghouatas, ambassadeur Berghouata à Cordoue vers le milieu du xe siècle. Cette tradition est considérée comme la plus détaillée concernant cette tribu (cependant, Mohamed Talbi pense qu'elle contient une certaine proportion de mythe ou de propagande). Elle a été rapportée par Al Bakri, Ibn Hazm et Ibn Khaldoun, bien que leurs interprétations comprennent certains points de vue divergents.

Les Berghouatas, avec les Ghomaras et les Meknassas, lancent la grande révolte berbère en 739/40. Ils ont été échaudés par des prédicateurs Sufrites Kharijites, une secte musulmane qui a embrassé une doctrine représentant l'égalitarisme total en opposition à l'aristocratie des Quraych qui s'était accentuée sous le califat omeyyade. Les rebelles ont élu Maysara al-Matghari pour mener leur révolte, et ont réussi à prendre le contrôle de presque tout ce qui est maintenant le Maroc, inspirant de nouvelles rébellions au Maghreb et en al-Andalus. Lors de la bataille de Bagdoura, les rebelles berbères ont annihilé une armée particulièrement forte envoyée par le calife omeyyade de Syrie. Mais l'armée rebelle elle-même a finalement été vaincue dans les faubourgs de Kairouan, en Ifriqiya (actuelle Tunisie), en 741. Dans la foulée, l'alliance rebelle s'est dissoute. Avant même ce dénouement les Berghouatas, en tant que fondateurs de la révolte, étaient devenus mécontents de la tentative des partisans ultérieurs, notamment les chefs Zénètes en alliance avec les commissaires de plus en plus autoritaires Sufrites, de prendre le contrôle de la rébellion. Comme leur objectif principal – la libération de leur peuple de la domination des Omeyyades – avait déjà été atteint, et qu'il y avait peu de chances que le règne omeyyade leur soit à nouveau imposé, les Berghouatas ne virent pas grand intérêt à la poursuite des campagnes militaires. En 742 ou 743, ils se sont désolidarisés de l'alliance rebelle et se sont retirés dans la région du Tamesna, sur la côte atlantique du Maroc, où ils ont fondé leur nouvel état indépendant tout en abandonnant leur mouvement religieux du kharidjisme sufrite.

Les Berghouatas ont régné dans la région du Tamesna pendant plus de trois siècles (744-1058). Sous les successeurs de Salih ibn Tarif, Ilyas ibn Salih (792-842), Yunus (842-888) et Abu Ghufail (888-913), le royaume tribal a été consolidé, et des missionnaires ont été envoyés aux tribus voisines. Après de bonnes relations initiales avec le califat de Cordoue, il y eut une rupture à la fin du xe siècle avec les Omeyyades au pouvoir. Deux incursions omeyyades dont l'Expédition omeyyade contre les Berghouata ainsi que des expéditions des Fatimides, ont été écrasées par les Berghouatas. À partir du xie siècle une guerre de guérilla intensive s'installa avec les Banou Ifren. Même si les Berghouatas furent ensuite beaucoup affaiblis (Al Bakri déclare même qu'ils ont été anéantis en 1029, bien que cela soit en contradiction avec ce qu'il a lui-même déclaré à propos de leurs batailles contre les Almoravides), ils étaient encore capables de repousser les attaques Almoravides (le chef spirituel des Almoravides, Ibn Yasin, tomba au combat contre eux en 1058). Ce n'est qu'en 1149 que les Berghouatas furent éliminés par les Almohades en tant que groupe politique et religieux.

Rois des Berghouatas

[modifier | modifier le code]
  • Tarif al-Matghari
  • Saleh ben Tarif
  • Ilyas ben Saleh
  • Younes ben Ilyas
  • Abou Ghafir Mohammed
  • Abou al-Ansar Abdellah
  • Abou Mansour Issa
  • Abou Hafs Abdellah

Tribus de la Confédération des Berghouatas

[modifier | modifier le code]

Tribus ayant adopté la religion de Saleh[7]

  • Gerawa
  • Zouagha
  • Branès
  • Banu Abi Nacer
  • Menjasa
  • Banu Abi Nuh
  • Banu Waghmar
  • Matghara
  • Banu Borgh
  • Banu Derr
  • Matmata
  • Banu Zaksent

Tribus kharidjites[7]

  • Zenata-Jbal
  • Banu Bellit
  • Nemala
  • Ounsent
  • Banu Ifren
  • Banu Naghit
  • Banu Nuaman
  • Banu Fallusa
  • Banu Kuna
  • Banu Sebker
  • Assada
  • Regana
  • Azmin
  • Manada
  • Masina
  • Resana
  • Trara

Certaines tribus de la Confédération, tel les Branès, Matmata, Ifren et Trara, sont des fractions appartenant à des groupes tribaux plus larges et seules les fractions établies dans la Tamesna ont rejoint les Berghouatas.

Références

[modifier | modifier le code]
  1. A. Khelifa, « Masmuda », Encyclopédie berbère, no 30, , p. 4644–4646 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.488, lire en ligne, consulté le )
  2. Tarif, el conquistador de Tarifa par Enrique Gozalbes Cravioto - (en espagnol).
  3. Ali Sadki Azayku, L'Interprétation généalogique de l'histoire nord-africaine pourrait-elle être dépassée ?, vol. XXV, Hespéris-Tamuda, (lire en ligne)
  4. 1 2 3 4 John Iskander, « Devout Heretics: The Barghawata in Maghribi Historiography », The Journal of North African Studies, vol. 12, no 1, , p. 37–53 (ISSN 1362-9387, DOI 10.1080/13629380601099484, lire en ligne)
  5. Mohamed Meouak, La langue berbère au Maghreb médiéval: Textes, contextes, analyses, BRILL, , 51 p. (ISBN 978-90-04-30235-8, lire en ligne)
  6. Amira K. Bennison, The Almoravid and Almohad Empires, Edinburgh University Press, (ISBN 978-0-7486-4681-4, JSTOR 10.3366/j.ctvhrczbp, lire en ligne)
  7. 1 2 Montacer Khatib, « L'apparition de religions berbères opposées à l'islam en Afrique », Centre Abi-Hassan Al-Achaari, Rabita Mohamadia des Oulémas (lire en ligne)

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • Ulrich Haarmann, Geschichte der Arabischen Welt. C.H. Beck München, 2001.
  • (en) John Iskander, « Devout Heretics: The Barghawata in Maghribi Historiography », The Journal of North African Studies, vol. 12, , p. 37-53 (DOI 10.1080/13629380601099484, lire en ligne, consulté le )
  • Stephan und Nandy Ronart, Lexikon der Arabischen Welt. Artemis Verlag, 1972.
  • Mohamed Talbi, « Hérésie, acculturation et nationalisme des berbères Bargawata », Actes du premier Congrès d'études des cultures méditerranéennes d'influence arabo-berbère, Alger, , p. 217-233 (lire en ligne, consulté le )

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]