Basilique de She Shan
| Basilique Notre-Dame Secours des Chrétiens de SheShan | ||
Basilique de SheShan | ||
| Présentation | ||
|---|---|---|
| Nom local | 佘山进教之佑圣母大殿 | |
| Culte | catholique | |
| Type | Basilique mineure | |
| Rattachement | Diocèse de Shanghai | |
| Début de la construction | 1863 | |
| Fin des travaux | 1935 | |
| Architecte | Alphonse De Moerloose François-Xavier Diniz |
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| Style dominant | Style néo-roman | |
| Géographie | ||
| Pays | ||
| Ville | Shanghai | |
| Coordonnées | 31° 05′ 46,64″ nord, 121° 11′ 15,88″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Chine
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La basilique de She Shan (officiellement : basilique Notre-Dame Secours des Chrétiens de She-Shan, chinois simplifié : 佘山进教之佑圣母大殿, pinyin: Shéshān jìnjiào zhī yòu shèngmǔ dàdiàn, en anglais : Basilica of Our Lady Help of Christians) est un édifice religieux catholique situé à Sheshan, Shanghai, en Chine. Elle est dédiée plus particulièrement à Marie, Secours des chrétiens (Marie Auxiliatrice). La colline She Shan doit son nom à un ermite, She, qui aurait vécu sur cette montagne (shan en chinois)[1].
Historique
[modifier | modifier le code]Origines et premiers établissements jésuites
[modifier | modifier le code]La colline de Sheshan abrite avant l'arrivée des jésuites deux lieux de culte bouddhistes: un monastère fondé au XIe siècle, détruit par les Taiping en 1860, et les ruines d'un temple dédié à Guanyin (观音菩萨). Sa configuration — haute colline dominant une plaine de canaux — était jugée exceptionnellement favorable selon les principes du fengshui, ce qui explique son attrait religieux multiséculaire.
En 1863, Adrien Languillat, alors supérieur de la communauté des jésuites de Zi-Ka-Wei, achète le flanc sud de la colline pour y établir une maison de repos (sanatorium) pour les pères jésuites souffrant de maladie, notamment de la fièvre typhoïde.

En 1867, le père Marin Desjacques, supérieur du sanatorium, érige au sommet un petit sanctuaire marial surmonté d'une croix dominant la plaine du Songjiang. Cet oratoire hexagonal, de 5 m de diamètre et 6 m de hauteur, ne pouvait accueillir qu'une quinzaine de personnes. Il attire rapidement des pèlerins, et le 1er mars 1868, Mgr Adrien Languillat, vicaire apostolique de Nankin, vient y bénir un tableau représentant Notre-Dame des Victoires, peint par le frère jésuite chinois Pierre Lu Bodu, qui dirige l'atelier de peinture de Tushanwan (T'ou-Sè-Wé). Cette première solennité, suivie d'une seconde le 24 mai pour la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, attire des centaines de Chinois chrétiens et curieux, assurant au lieu un premier rayonnement local [2],[3],[4],[5].
Promesse de construction d’une église
[modifier | modifier le code]Durant la Révolte des Taiping (1851-1864), le supérieur de la communauté jésuite de Zi-Ka-Wei, le père Gu Zhen Sheng, gravit la colline de Sheshan pour invoquer la protection de la Vierge Marie sur le diocèse de Shanghai menacé de destruction. Il promet de construire une église en l’honneur de Marie, sous le nom de « Notre-Dame de Sheshan », si le diocèse est épargné. Le diocèse est effectivement épargné de l’invasion et des massacres, contrairement à ce qui s'est passé lors du massacre de Tianjin de 1870 où de nombreux missionnaires et chrétiens chinois sont assassinés. Le père Gu Zhen Sheng demande ensuite l’aide des fidèles et commence à collecter les dons pour la construction de la basilique[3],[4],[5].
Première église (1871–1873)
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Le 24 mai 1871, en la fête de Marie Auxiliatrice, Agnello Della Corte, supérieur général de la mission de Shanghai, pose la première pierre de la nouvelle église en présence de plus de 6 000 personnes. Les travaux sont confiés au frère Léon Mariot (1830–1902), responsable des ateliers de menuiserie et de sculpture de l'orphelinat jésuite de Tushanwan (T'ou-Sè-Wé) . Le 15 avril 1873, Mgr Languillat consacre et inaugure la grande basilique sur le sommet de la colline, et la consacre à « Marie, Aide des Chrétiens ». Dès le mois de mai, des milliers de pèlerins viennent de Shanghai et des provinces voisines. Depuis cette date, « Notre-Dame de Sheshan » est officiellement reconnue comme la protectrice spéciale du diocèse de Shanghai. En 1874, le pape Pie IX accorde l’indulgence plénière à ceux qui viennent prier au sanctuaire durant le mois de mai, ce qui attire de plus en plus de pèlerins.
L'édifice, de style néo-classique et de couleur blanche, présentait un plan central en croix grecque orienté vers le sud selon les principes du fengshui — entrée tournée vers l'eau, dos à la montagne. Sa façade méridionale s'ornait d'un péristyle à dix colonnes doriques ; l'intérieur était rythmé par de grandes colonnes cannelées ioniques en bois soutenant des arcs en plein cintre et deux voûtes en berceau en bois croisés. La pierre venait de Fujian et le bois acheté à Shanghai. Les trois autels, dont le principal surmonté d'un baldaquin à colonnes torses corinthiennes, sortaient des ateliers de Tushanwan (T'ou-Sè-Wé) ; la statue de Notre-Dame Auxiliatrice venait de France. Huit lions en granit rescapés de l'ancien temple bouddhiste ornaient la terrasse [3],[4],[5].
L'église du milieu (1894)
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En 1894, le développement de la paroisse locale entraîne la construction d'une église paroissiale à mi-pente, appelée « église du milieu » (中堂 zhong tang). À l'ouest de celle-ci, un vaste terre-plein accueillait les cérémonies en plein air pour les pèlerins ne souhaitant pas gravir la colline. Trois grandes statues de Notre-Dame de Lourdes, de saint Joseph et du Sacré-Cœur y furent érigées sous des baldaquins gothiques. Les dons affluèrent pour l'enrichir de vitraux, lustres et statues.
Construction d’une basilique plus grande (1921–1935)
[modifier | modifier le code]Le nombre de pèlerins augmente de manière significative, et le bâtiment de 1873 devient trop petit pour accueillir tous les fidèles. En 1921, la construction d’une nouvelle basilique, plus grande, commence. La première pierre de la nouvelle basilique est posée le 24 mai 1925, lors de la fête de Marie Auxiliatrice, et les travaux se poursuivent jusqu’en 1935. La basilique a été solennellement inaugurée et consacrée le par Auguste Haouisée (1877-1948), alors vicaire apostolique de Shanghai. En 1924, les évêques de Chine consacrent le pays à la Vierge Marie, sous le nom de « Notre-Dame de Chine, Reine céleste du peuple chinois », renforçant le rôle de Sheshan comme sanctuaire marial national. La basilique nouvellement construite est en 1935. La statue de Notre-Dame de SheShan est ajoutée au sommet du clocher en 1936 [3],[4],[5].
Dans le document écrit en latin et en chinois déposé dans la pierre d'angle par Jules-Prosper Paris S.J. (Yao Zongli 姚宗李) (1846-1931), vicaire apostolique de Nankin, le , il est écrit : « les architectes sont A. De Moerloose, prêtre du vicariat de Pékin, qui a fait le plan ; François Diniz, prêtre de la Compagnie de Jésus, du vicariat de Nankin, qui l'a construite. »
Période contemporaine
[modifier | modifier le code]Le sanctuaire de Notre-Dame de Sheshan reste le seul site de pèlerinage marial en Chine, attirant des pèlerins depuis le XIXe siècle. Il est aujourd'hui considéré comme un lieu majeur de la spiritualité catholique chinoise et un symbole de la présence de l'Église catholique en Chine.
Un an après avoir envoyé une lettre aux catholiques de Chine, le pape Benoît XVI compose une prière à Notre-Dame de She Shan () et demande que la fête de Marie-Auxiliatrice () soit journée de prière pour l'Église de Chine. Le 24 mai devient la Journée mondiale de prière pour l'Église en Chine, invitant le monde entier à prier en communion avec les chrétiens chinois pour leur unité [6].
Le sanctuaire est cependant soumis à des restrictions gouvernementales et à une surveillance intense. En 2008, les autorités ont bloqué les routes menant au sanctuaire et interdit aux diocèses d'organiser des pèlerinages sans autorisation, redoutant un afflux massif répondant à l'appel du pape. Aujourd'hui, chaque groupe de pèlerins doit obtenir un laissez-passer et entrer grâce à la reconnaissance de sa carte d'identité. Depuis 2025, les réservations en ligne sont ouvertes sur le site du diocèse de Shanghai[7].
En mai 2024, le sanctuaire a célébré le centenaire de la consécration de la Chine à la Bienheureuse Vierge Marie sous le titre de « Notre-Dame de Chine, Reine céleste du peuple chinois », proclamée par les évêques chinois lors du Primum Concilium Sinese (en) à Shanghai en 1924. Cette célébration a renforcé le lien profond entre la nation chinoise et la dévotion mariale de Sheshan. Chaque année au mois de mai, des fidèles viennent de toutes les parties de la Chine et de l'Asie pour rendre hommage à la Vierge [8].
Parallèlement, Sheshan s'est transformé en resort touristique national, attirant plus de 15,7 millions de visiteurs annuellement, créant une dualité entre lieu de pèlerinage religieux et destination touristique. Cependant le sanctuaire reste un lieu de consolation et réconfort pour les catholiques chinois[9].
Architecture
[modifier | modifier le code]L'architecture de la basilique actuelle fit l'objet de vives discussions et débats sur le style à adopter, et résulte d'un compromis entre plusieurs projets. Un premier projet néo-gothique fut abandonné au profit d'un édifice de style néo-roman (arcs en plein cintre, façade-écran, tour-clocher). Ce choix d'un style européen intervient alors que le Saint-Siège encourageait, après le synode de Shanghai de 1924, le développement d'une architecture chrétienne de style chinois dans le cadre de la politique d'inculturation, faisant de la basilique un exemple des tensions entre traditions missionnaires occidentales et volonté de sinisation de l'Église catholique en Chine.
L'édifice adopte un plan en croix latine orienté est-ouest, avec une nef de quatre travées flanquée de bas-côtés, un transept asymétrique et une abside en cul-de-four. Son implantation au sommet de la colline et son orientation tiennent compte des principes du fengshui; l'entrée principale est tournée vers le sud, et face à l'eau, conformément à la géomancie chinoise traditionnelle. La tour unique, au sud-ouest, est couronnée d'un dôme plutôt que d'une flèche gothique, et une statue de Vierge à l'Enfant en cuivre repoussé est ajoutée en 1936.
Le choix des matériaux fut également très débattu. Les jésuites optent finalement pour le béton armé pour les charpentes et voûtes, en raison des typhons, des insectes xylophages et de la bonne maîtrise technique des entreprises shanghaïennes. Les parties basses sont en granit de la carrière locale de Jinshan, les parties hautes en simili-pierre, le tout complété par des briques rouges. Le mobilier liturgique, les vitraux d'origine (aujourd'hui disparus), et plusieurs éléments de décoration proviennent des ateliers jésuites de Tushanwan (T'ou-Sè-Wé) à Shanghai, ou importés d'Europe, notamment de France [2].
La basilique Notre-Dame de She Shan peut accueillir plus de trois mille fidèles [10].
Dimensions de l'église
[modifier | modifier le code]- Longueur : 55 m
- Largeur (nef et bas-côtés dans l'œuvre) : 16 m
- Largeur maximale au transept : 25 m
- Hauteur maximale de la voûte : 15,50 m
- Hauteur au faîte du toit : 22 m
- Hauteur du clocher : 38 m (43 m avec la statue)
Transport
[modifier | modifier le code]- la ligne 9 du métro de Shanghai dessert ce lieu.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Thomas Coomans, « Notre-Dame de Sheshan à Shanghai, basilique de pèlerinage des Jésuites français en Chine, 1867-1935 », Bulletin Monumental, vol. 176, no 2, , p. 129-156 (ISBN 978-2-901837-72-5, lire en ligne)
- Coomans Thomas 高曼士, Sheshan jiaotang xunzong: jianzhu, chaosheng, lishi tujing (Kaifang de Shanghai chengshi jianzhu shi congshu, 3) 佘山教堂寻踪: 朝圣建筑和历史途径 (开放的上海城市建筑史丛书, 3) [Le pèlerinage marial de Sheshan à Shanghai: architecture, espace et symbolique], Shanghai: Tongji University Press, 2023, 303 p., 289 ill. (ISBN 978-7-5765-0816-1)
Liens externes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Le sanctuaire de She Shan
- 1 2 Coomans Thomas 2018, p. 129-156.
- 1 2 3 4 (en) Agenzia Fides, « History of the Shrine to Our Lady of Sheshan », sur https://www.fides.org, (consulté le )
- 1 2 3 4 Maria Milvia Morciano, Delphine Allaire - Cité du Vatican, « En Chine, le sanctuaire de Sheshan et la vénération de Marie Auxiliatrice », sur https://www.vaticannews.va, (consulté le )
- 1 2 3 4 (en) Philip Kosloski, « How Our Lady of Sheshan protected Catholics in China », sur https://aleteia.org, (consulté le )
- ↑ Le texte de la prière se trouve ici http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=1605089_marie
- ↑ Dorian Malovic, « Près de Shanghaï, un pèlerinage sous très haute surveillance », sur https://www.la-croix.com, (consulté le )
- ↑ Equipe de l'AED, « 100 ans de consécration à Notre-Dame-de-Chine », AED, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Sheshan resort aims for 14.7m tourists by 2025 », sur https://subsites.chinadaily.com.cn, (consulté le )
- ↑ Un an après la publication de la lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois