Médiévales 41, automne 2001, p. 15-36 DanièleSANSY
MARQUER LA DIFFÉRENCE : L'IMPOSITION DE LA ROUELLE AUX XIIIe ET XIVe SIÈCLES
En 1269, à la veille de son départ pour la huitième croisade, saint Louis impose aux juifs de son royaume le port d'une marque distinctive :
Parce que nous voulons que les juifs puissent être reconnus et distingués des chrétiens, nous vous ordonnons, à la demande de notre très cher frère dans le Christ Paul Chrétien, de l'ordre des frères prêcheurs, d'imposer des insignes à chaque juif des deux sexes : à savoir une roue de feutre ou de drap de couleur jaune, cousue sur le haut du vêtement, au niveau de la poitrine et dans le dos, afin de constituer un signe de reconnaissance, dont la circonférence sera de quatre doigts et la surface assez grande pour contenir la paume d'une main. Si à la suite de cette mesure un juif est trouvé sans cet insigne, son vêtement supérieur appartiendra à celui qui l'aura trouvé ainsi l.
1. Éd. Ordonnances des rois de France de la troisième race (désormais abrégé Ordonnances), Paris, 1. 1, 1723, p. 294. Traduction partielle de l'ordonnance dans M. Pastoureau, Jésus chez le teinturier. Couleurs et teintures dans l'Occident médiéval, Paris, 1997, p. 137-138 et autre traduction, complète, par G. Nahon, « Les ordonnances de saint Louis sur les Juifs », Les Nouveaux cahiers, 23, 1970, p. 23-42. La seule étude d'ensemble sur les marques distinctives en usage dans l'Occident médiéval demeure celle, déjà ancienne et dépassée sur de nombreux points, d'Ulysse Robert, « Les signes d'infamie au Moyen Age. Juifs, Sarrasins, hérétiques, lépreux, cagots et filles publiques », dans Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, 49, 1 888, p. 57- 1 72, en particulier p. 60- 1 25 pour le signe des juifs ; il reprenait dans ces pages un article publié quelques années plus tôt (« Étude historique et archéologique sur la roue des Juifs depuis le XIIIe siècle », Revue des études juives [abrégée ci-dessous R.E.J.], 7, 1883, p. 81-95 ; 8, 1884, p. 94-102). Les travaux d'Ulysse Robert ont été résumés par Claude Enlart, Manuel d'archéologie française, t. III, Le Costume, Paris, 1916, p. 434-436. Dans « The Yellow Badge in History » {Historia Judaica, XIX, 1957, p. 89-146), Guido Kisch a esquissé une première étude dans la longue durée du signe des juifs, de la rouelle à l'étoile jaune imposée à partir de 1941 dans le m* Reich.





















