ILLUSTRATION DE QUELQUES PROCÉDÉS DE SCULPTURE KHMÈRE
par Mireille BÉNISTI
Chargée de recherche au C.N.R.S
On sait que les Khmers, pour représenter en relief personnages et décors sur leurs monuments, taillaient le matériau préalablement mis en place. C'est dans la paroi montée en briques cuites et jointoyées par un liant qu'ils sculptaient soubassements moulurés et ornés, pilastres à rinceaux, niches à personnages, réductions d'édifices, linteaux et frontons, etc. Ils revêtaient ensuite ces sculptures d'un enduit à base de chaux, d'un « stuc », qui était alors ciselé et qui recevait finition, polissage et éventuellement coloration. L'adhésion de l'enduit au support n'était pas parfait — bien qu'on ait tenté parfois de l'améliorer en parsemant la paroi de petits trous (fig. 8) — et le stuc a le plus souvent disparu.
On pourra se rendre un compte exact de ce procédé en examinant la fig. 1 prise au sanctuaire de Trapheang Phong (qui se trouve légèrement au sud de Roluos). On voit la brique travaillée en profondeur et, en de nombreux endroits, le revêtement de stuc qui subsiste, délicatement ciselé.
Quand il s'agissait de sculpter la pierre, qui ne recevait pas de revêtement de stuc, comme le grès, les artisans khmers l'ont aussi fait sur le monument même, et non pas sur des blocs que l'on aurait ensuite mis en place. Il nous est donné de suivre les diiîérents stades d'exécution d'un bas-relief, par exemple, sur certains murs inachevés d'Angkor Vat ou du Bayon où l'on voit la paroi encore nue, le dessin tracé par incision, un dégrossissement du relief et une mise en volume, enfin la sculpture définitive avec tous ses détails. Les figures 2 et 3 illustrent complètement ce procédé. Mais un exemple encore plus saisissant — puisqu'il s'agit de linteaux et colon- nettes qu'on pourrait penser être plus aisément travaillés au sol — nous est donné par les tours bordant à l'Est le temple-montagne de Prè-Rup, à Angkor. La stèle de fondation de ce monument précise qu'il a été érigé en 961 de notre ère, sous le roi Râjendravarman. Les tours en briques du bas, qui sont très vraisemblablement quelque peu postérieures, ont reçu l'appareil en grès des portes et fausses-portes, mais la sculpture en a été abandonnée, pour une raison inconnue, en cours d'exécution. Ainsi nous est-il permis d'en suivre les phases successives et de saisir, comme « sur le vif », le travail du sculpteur khmer d'il y a dix siècles.



















