Jean Mitry
Entretiens avec Jean Epstein et Douglas Fairbanks
En 1 924, Jean Mitry publie dans Théâtre et Comoedia illustré une série d'articles-entretiens avec des personnalités du cinéma. Ces textes constituent une enquête intitu¬ lée « Le présent et l'avenir du film : Rêves et réalités ». Successivement, Mitry publie le contenu de ses rencontres avec Louis Del-luc (n° 30, 15 mars), Robert Boudrioz (n° 31, 1er avril). Marcel L 'Herbier (n 0 32, 1 5 avril), Abel Gance (n 0 33, 1 er mai), Jac¬ ques de Baroncelli (n° 34, 15 mai), Henri Roussell (n° 35, 1er juin), Jean Epstein (n 0 36, 15 juin-1 5 septembre), Douglas Fair¬ banks (n° 39, 1er novembre).
11 nous a paru intéressant de proposer les deux entretiens les plus significatifs, celui avec Jean Epstein et celui avec Douglas Fair¬ banks (pour mémoire, celui avec Louis� Del-luc a été repris dans le tome II des Écrits cinématographiques de Dellucj.
Jean Epstein
Né à Varsovie en 1899. — 1920 : Publie son premier livre : La Poésie d'aujourd'hui, un nou¬ vel état d'intelligence. — 1921 : Publie : Bonjour, Cinéma. — Collabore à /"Esprit Nouveau, au Cra-pouillot et à Cinéa. — 1922 : Publie la Lyroso-phie. — 1923 : Réalise un film : Pasteur, sous la direction de Benoît-Levy. Recommandé par Abel Gance et Louis Nalpas, il entre chez Pathé-Consortium et produit : l'Auberge Rouge, Cœur fidèle, la belle Nivernaise. — 1924 : Réalise la Goutte de sang. Puis, quittant Pathé pour la Société Albatros, tourne pour celle-ci le Lion des Mongols.
— J'ai un scénario qui représente pour moi l'idéal cinégraphique. Mais je ne crois pas que sa réalisation soit très prochaine... hélas ! Il faut atten¬ dre encore. Présenté maintenant, il ferait hurler les exploitants et causerait de véritables paniques parmi les spectateurs. C'est, en somme, une
espèce d'anticipation moderne. La fin du monde par la vitesse. La machine créée par l'homme, écrasant son créateur, incapable de la suivre dans sa rapidité. Pour mieux m'exprimer, je vais vous donner un exemple imagé — très en dessous de ce que je conçois — mais qui fera comprendre où je veux en venir. Supposez un conducteur d'automobile dont la machine irait plus vite que l'influx nerveux qui, chez l'homme, commande du cerveau aux muscles et imaginez un virage à prendre : l'auto arrivant au virage avant que l'influx nerveux du conducteur n'ait pu transmet¬ tre à ses mains le commandement de tourner le volant. Je conçois donc un homme ayant trouvé le moyen d'accélérer la vitesse mécanique à tel point que celle-ci surpasse la vitesse de la pen¬ sée : ce serait la catastrophe finale causée par la vitesse.
Charles Vanel, dessin de Jean Mitry
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